Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 08:32

 

JF : Cher ami, tu es bien matinal aujourd'hui.

Rakaniac : Bonjour Jean-François, connaissant ta verve, je pense qu'il vaut mieux se lever tôt pour t'écouter car j'imagine que tu as encore beaucoup de choses à dire.

JF : Oui, le sujet est tellement vaste et me connaissant, lorsque j'aurais terminé cette série d'articles j'aurais encore des craintes d'avoir oublié certaines choses.

Rakaniac : sacré Jean-François, tu ne changeras donc jamais.

JF : Dans mon article précédent, j'avais parlé d'une relative acalmie de la musique celtique en Bretagne.

Il faut tout de même préciser que le folk revival des années '70 avait fait découvrir cette musique celtique au reste de l'Europe de l'Ouest.

Et que depuis lors il y a des groupes qui pratiquent cette musique dans toute la France mais aussi en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Hongrie...

De leur côté les Irlandais et les Ecossais n'ont jamais cessé de jouer leur musique.

Soutenus comme il se doit par leurs nombreux "frères" répartis sur les autres continents.

 

Rakaniac : sur les autres continents ?

JF : oui je parle ici de tous les Irlandais et Ecossais qui ont émigré aux Etats-Unis, au Canada et en Australie.

Comme tu le sais la population actuelle des U.S.A. a été constituée il y a plusieurs siècles de façon multi-raciale par des Européens, des Africains, des Asiatiques...

Dedans bien sûr de fortes colonies irlandaises et écossaises qui avaient déserté leur pays pour des raisons politiques et économiques.

Une fois installés, ces gens ont essayé de reproduire (du moins en partie) les modes vie qui étaient les leurs sur le vieux continent.

La pratique de la musique traditionnelle s'est donc partiellement maintenue dans ces communautés.

 

Rakaniac : donc la musique irlandaise et écossaise se joue toujours aux U.S.A.

JF : il faut préciser que cette musique a pris une double direction.

D'une part celle de l'évolution et d'autre part celle de la continuité.

Rakaniac : c'est à dire ?

JF : plongées dans un autre environnement, avec l'influence d'autres musiques (jazz, blues, ragtime, bluegrass...) ces musiques tradtionnelles se sont peu a peu transformées devenant de la musique square-dance, western, country...).

A côté de cela, cependant d'autres chanteurs et musiciens "purs et durs" ont continué de jouer les gigues et les reels dans le plus pur style de la musique trad.

Des musiciens comme les Clancy Brothers (cités plus haut), le joueur de banjo Mick Moloney, le chanteur Robbie O' Connell, le multi-instrumentiste Seamus Egan (fondateur du groupe Solas) et tant d'autres.

 

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Des artistes qui aiment se produire tant en Europe qu'aux U.S.A.

 

 

 

 

 

Rakaniac : Et donc j'imagine que le même phénomène s'est produit pour le Canada, le Québec, l'Acadie ?

JF : oui bien sûr au départ ils jouaient les mêmes morceaux puis il y a eu toute une série de nouvelles compositions qui n'arrêtent pas d'enrichir le répertoire.

Au Québec il est d'ailleurs amusant de constater que toute cette population francophone mais entourée d'anglophones a une double culture musicale.

Leurs chansons sont en Français mais leurs musiques sont des reels des gigues, des hornpipes comme leurs homologues Canadiens.

 

Rakaniac : et en Australie ?

JF : Là c'est un peu moins développé mais il y a aussi des groupes qui font de la musique irlandaise et des musiciens qui jouent dans des pipe-bands.

 

Rakaniac : je comprends mieux à présent lorsque tu parlais du "soutien" des musiciens des autres continents.

 

JF : mais il est temps à présent de parler de la deuxième vague Bretonne.

Une série d'artistes vont de nouveau faire parler d'eux cette fois dans les années '90.

Durant cette décennie, les groupes phares de la musique Bretonne (Tri Yann, Gwendal, Triskell, Sonerien Du, Diaouled Ar Menez...) vont tour à tour fêter leurs 20 ans d'existence.

Vingt ou vingt-cinq ans sur les scènes de Bretagne et d'ailleurs avec déjà de très nombreux disques et concerts à leur actif.

Ces musiciens sont toujours là mais entre temps, de nombreux autres sont arrivés qui se sont fait une place plus ou moins importante dans le paysage des musiques celtes.

Des harpistes (Kristen Nogues, Gwenael Kerleo, le duo Sedrenn, Dominic Bouchaud, Myrdhin, Jakez François...)

Des guitaristes (Soïg Siberil, Bernard Benoit, Jean-Charles Guichen, Gilles Le Bigot, Jacques Pellen, Nicolas Quemener...).

Des violonistes (Jacky Molard, Christian Lemaître, Pierrick Lemou...).

Et d'autres et bien d'autres.

 

En 1993, Alan Stivell décide de ré-enregistrer ses anciens succès avec d'autres musiciens (y compris des artistes issus de la variété).

Ce cd "Again" est très bien accueilli par le public et annonce clairement cette nouvelle vague, ce nouvel engouement pour ce style de musique.

Un engouement probablement teinté de nostalgie pour certains mais qui touche aussi un nouveau public, une nouvelle génération de sympathisants à cette musique. 

 

En juillet 1993 à l'occasion du 70 ème festival de Cornouaille à Quimper, le producteur Jakez Bernard demande à Dan Ar Braz de créer un spectacle pour clôturer ce festival.

Dan va inviter plus de 70 musiciens pour l'occasion (des chanteuses, un pipe-band écossais, Alan Stivell, le bagad Kemper, Donal Lunny).

Cette série de concerts est une réussiste et fait naître le concept de l'Héritage des Celtes.

 

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Columbia (Sony Music) leur propose d'enregistrer un premier disque qui remporte rapidement un très grand succès.

Entre 1994 et 1999, l'Héritage des Celtes va faire de nombreux concerts remplissant de très grandes salles dans toute la France.

Il sera également invité sur des plateaux télé et passera en radio à de nombreuses reprises.

Durant cette période, l'Héritage de Dan Ar Braz va enregistrer quatre cd, un dvd en mettant à l'honneur des artistes comme Gilles Servat, Karen Matheson, Elaine Morgan, Carlos Nunez, Yann-Fanch Kemener, Didier Squiban...

Des disques qui l'emportent à deux reprises aux Victoires de la Musique.

Une des clé du succès de cet Héritage des Celtes c'est la diversité des genres.

 

 

 

 

Des choses assez intimistes comme les chansons de Yann-Fanch Kemener accompagné par le sublime piano de Didier Squiban et à côté de cela les brillantes prestations du Bagad Kemper ou encore des suites de reels et de gigues jouées avec brio par les musiciens Irlandais.

En 1996, une petite partie du groupe est même invitée à représenter la France au concours de l'Eurovision.

Même si le classement ne fut pas extraordinaire, étonnant tout de même de voir une chanson en Breton diffusée à un si large public.

1999, nouveau cd-dvd à l'occasion de "Bretagnes à Bercy.

Puis encore des concerts d'adieu au F.I.L. en 2000 et une participation aux Nuits Celtiques à Paris en 2002.

 

 

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Si la grande aventure de l'Héritage est à présent terminée, nul doute qu'elle aura fortement marqué de son empreinte l'histoire de la musique celtique contemporaine.

 

 

En 1995 un autre raz de marée va secouer fortement la musique des celtes, un raz de marée venu d'Irlande cette fois.

Au départ la chaine de télévision RTE demande à la productrice Moya Doherty de créer un spectacle de 7 minutes devant servir d'interlude durant le concours Eurovision.

Le compositeur Bill Whelan (claviériste et percussionniste) se charge de faire une musique destinée à soutenir des danseurs de claquettes irlandaises ainsi que le groupe vocal "Anuna".

24 danseurs sont engagés dont Michael Flatley et Jean Butler chargés de créer une chorégraphie.

 

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Le jour de l'Eurovision l'interlude en question déclenche une standing ovation incroyable dans le public et ce devant 300 millions de téléspectateurs...Riverdance est né.

En février 1995, première représentation de Riverdance, the Show à Dublin.

Après cela, ce sera l'explosion.

Vente de cd, de vidéos et surtout une série impressionnante de spectacles d'abord en Europe puis aux Etats-Unis puis dans le monde entier.

Au point qu'il y aura même plusieurs troupes pour assurer les tournées sur les divers continents.

La musique de Riverdance est faite de compositions qui s'inspirent fortement de la musique traditionnelle Irlandaise mais aussi d'autres musiques (flamenco, klezmer...).

Des musiciens prestigieux comme Davy Spillane (uilleann pipe), Eileen Ivers (fiddle), Noel Eccles (percussions) accompagnèrent ce show durant plusieurs années.

 

 

 

 

 

Rakaniac : des centaines de milliers de personnes qui ont découvert la musique Irlandaise de cette façon.

JF : oui, un engouement incroyable mais je pense, encore plus à cause de la danse que de la musique.

Rakaniac : il faut dire que ces danseurs sont impressionnants et terriblement rapides.

JF : oui, c'est inoui le nombre de pas qu'ils font en une minute.

Rakaniac : et aussi la grâce des danseuses qui par la légèreté de leurs mouvements donnent parfois l'impression de voler.

JF : je vois que tu es amateur, cher ami.

Rakaniac : non pas spécialement car moi c'est avant tout la musique qui m'intéresse mais je suis simplement impressionné, c'est tout.

JF : moi aussi je préfère de loin la musique...mais chacun ses goûts.

Rakaniac : Et bien sûr, cela n'est pas prêt de s'arrêter.

 

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Riverdance a fêté ses 20 ans il y a peu et le show avait également donné naissance à d'autres spectacles comme "Lord of the Dance" (toujours avec Michael Flatley), "Spirit of the Dance"...

De quoi ravir encore très longtemps tous les amateurs du genre.

 

 

 

Rakaniac : Décidément, les années '90 furent des années fastes pour la musique celtique.

 

JF : Ce n'est pas tout car l'Irlande décidément très versatile a été secouée par un autre séisme durant la seconde partie des années '90.

Et ce avec l'arrivée du groupe "The Corrs".

Jim Corr (guitare et claviers), Caroline Corr (batterie et bodhran) , Sharon Corr (violon et chant) et Andrea Corr (chant et whistle), tous musiciens depuis l'enfance forment ce groupe en 1995.

Le premier album "Forgiven not Forgotten" remporte d'emblée un immense succès.

Les trois soeurs et lleur frère ont été bercés par la musique traditionnelle.

Et même si la musique qu'ils jouent tend d'avantage vers le pop-rock, on sent des influences folk assez marquées dans leur répertoire.

Il y a d'ailleurs certains morceaux traditionnels ou des chansons qui se terminent de façon instrumentale.

La popularité des Corrs dépasse très vite les frontières de l'Irlande et leurs disques se classent très vite au top des hits de très nombreux pays.

A ce jour les Corrs ont vendu plus de 60 millions d'albums.

 

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Il faut dire qu'avec leur charme, leurs voix magnifiques et leurs qualités de musiciennes, ces jeunes femmes ont des arguments pour plaire à un public nombreux.

En 2005, leur album "Home" reprend principalement des chansons traditionnelles irlandaises.

Un disque qui est également tès bien accueilli par le public et qui installe encore un peu plus le groupe parmi les figures de proue de la nouvelle musique Irlandaise.

Nul doute que grâce aux Corrs on aura encore parlé un peu plus de celtique durant cette décennie.

 

 

JF : et ça ne s'est pas arrêté là.

Nouvelle révolution, en Bretagne cette fois.

En 1998, Martial Tricoche s'intéresse aux légendes celtiques.

Il écrit un texte de Rap à propos de druides qu'il présente à son ami Cédric Soubiron.

Avec un autre musicien, Hervé Lardic, les trois amis (tous d'origine bretonne) composent alors une musique de Rap à laquelle ils ajoutent un sample du traditionnel breton "Tri Martold".

Sous le nom de Manau, ils enregistent ce titre qu'ils appellent "la Tribu de Dana".

 

 

 

 

Avec cette chanson (qui va se vendre à plus d'un million d'exemplaires !) Manau va remporter un énorme succès tant en France que dans d'autres pays Européens.

Dans la foulée, le groupe enregistre l'album "Panique Celtique" qui va également très bien se classer dans les hits de plusieurs pays.

En plus de "La tribu de Dana" il y a "Mais qui est la Belette" qui est une reprise de la célèbre chanson des Tri Yann, "La Jument de Michao" ainsi que la reprise d'un morceau du groupe de fest-noz Ar Re Yaouank.

 

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A partir de 1999, les tournées vont être nombreuses pour Manau dans plusieurs pays d'Europe.

Le "Rap Celtique" est alors à la mode et permettra au groupe de s'imposer aux Victoires de la Musique.

 

Rakaniac : Et toi, comment as-tu ressenti cette nouvelle vague Celte ?

JF : Je ne suis pas amateur de Rap au départ mais c'est clair que cela faisait plaisir de ré-entendre de la musique celtique dans les médias.

C'était même assez bizarre pour moi d'entendre ma fille qui avait 5 ans à l'époque me chanter La Tribu de Dana.

Un peu comme quand je chantais Tri Martolod à mes parents quand j'avais 15 ans.

Rakaniac : oui une deuxième grande présence médiatique pour la Jument de Michao et Tri Martolod 20 ans plus tard.

JF : je ne vais tout de même pas bouder mon plaisir même s'il faut tout de même nuancer.

Rakaniac : Nuancer ?

 

JF : oui comme je le disais plus haut les années '90 ont  "boosté" fortement la musique Celtique.

A l'époque des artistes qui n'avaient rien à voir avec cette musique se sont soudain sentis attirés par elle.

En France, des chanteurs comme Renaud, Hughes Auffray ont subitement fait un album celtique.

En Irlande Sinead O' Connor a aussi fait un disque de "standards" de la musique irlandaise. Ok, cela peut se comprendre, elle est aussi Irlandaise.

 

A côté de cela il y a eu toute une série de cd de relaxation "pseudo-celtiques".

Disques dont je ne nie pas les qualités au niveau du bien-être mais dont l'origine celtique me paraît douteuse. 

Puis il y a eu tous ces albums de voix féminines "Celtic Women" dans lesquels il y a des reprises de traditionnels mais aussi beaucoup de compositions nouvelles.

D'un point de vue purement artistique ces disques sont très beaux, de jolies voix, de belles musiques agréables à écouter.

Pourtant, ce n'est pas parce qu'on ajoute un peu d'uilleann pipe ou de flûte par-ci, un peu de fiddle par-là que ces chansons ont un caractère celtique.

Pour moi il s'agit de musiques de variétés.

 

Rakaniac : mais faut-il nécessairement être Celte de pure souche pour pouvoir faire de la musique celtique ?

JF : non, certainement pas, chacun est libre de s'exprimer comme il veut, le tout, je pense, est de rester sincère.

 

Rakaniac : Et que retiens-tu dès lors de cette deuxième vague celte des années '90.

JF: Enormément de bonnes choses.

D'abord que de nombreux artistes qui étaient déjà actifs dans les années '70 le soient toujours vingt ans après.

Ensuite, que leur travail aie donné envie à toute une série de jeunes de la nouvelle génération de pratiquer cette musique et de la faire évoluer.

 

Puis bien entendu tous ces grands évènements (Héritage des Celtes, Riverdance, Manau) qui ont fait que cette musique celtique soit beaucoup plus connue du grand public et devenue un genre musical à part entière.

Evénements qui ont été à la base de l'expansion du Festival de Lorient, de la création des Nuits Celtiques (au stade de France) de la présence d'artistes celtes à l'Eurovision (Riverdance, L'Héritage des Celtes, Eimar Quinn qui gagna l'édition de 1996).

 

Des événements qui ont été source d'inspiration pour d'autres spectacles comme le "Celtic Procession" de Jacques Pellen.

 

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Le guitariste Jacques Pellen grand amateur de celtique et de jazz avait pour ce spectacle invité des musiciens venus de divers horizons.

Dans "Celtic Procession" on entend ,entre autre, des musiciens qui improvisent du jazz et sur ces musiques vient se superposer la voix de Erik Marchand qui chante une gavotte en Breton.

C'est assez surprenant mais agréable à écouter.

 

Autre spectacle d'un tout autre style.

Le compositeur Alan Simon crée en 1999 "Excalibur, la légende des Celtes".

 

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Une épopée musicale qui retrace les légendes du roi Arthur et de la Table Ronde.

Pas moins de 120 musiciens sont invités pour réaliser ce spectacle grandiose : l'orchestre symphonique de Pargue, des choeurs Bulgares, Fairport Convention (folk anglais) , Tri Yann, Carlos Nunes, Angelo Branduardi, Dan Ar Braz, Dominic Bouchaud (harpe celtique), plusieurs bagads, Roger Hogson (Supertramp), Gabriel Yacoub.

 

Ce premier opéra celtic-rock sera bien sûr enregistré en cd et dvd en remportera un joli succès en France et dans d'autres pays européens.

Cette réussite inspira Alan Simon qui composa ensuite d'autres fresques musicales (Anne de Bretagne, Tristan et Yseult...).

 

 

 

 

 

Et pour clôturer le tout (je l'avais évoqué plus haut), il y a eu aussi cette grande soirée de "Bretagnes à Bercy" en 1999.

Le jeune groupe Breton "Armens" en levé de rideau puis des concerts des quatre  chanteurs ou groupes les plus connus en Bretagne : Alan Stivell, Gilles Servat, Tri Yann et Dan Ar Braz et l'Héritage des Celtes.

Bien sur, des cd, vhs et dvd avaient immortalisé l'évènement.

 

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L'Héritage des Celtes qui avait eu l'honneur ce soir là d'accueillir pour une chanson Jean-Jacques Goldman et Michael Jones.

Pour la dernière partie du concert de l'Héritage un hommage à Alan Stivell (également sur scène) et la reprise de grands succès d'Alan (Tri Martolod, Pop Plinn, Brezhoneg' Raok) plus la montée sur scène des membres de

Tri Yann et de Gilles Servat.

Un final grandiose !

J'avoue avoir été très impressionné par ce spectacle "Bretagnes à Bercy"

 

 

 

Rakaniac : Je l'imagine bien.

Après tout ce que tu viens de décrire, je constate que les années '90 ont généré de nombreuses "grosses machines" en matière de musique celtique.

 

JF : je suis de ton avis mais je pense qu'il faut ce genre de locomotives pour qu'une partie du public puisse s'intéresser à ces musiques de manière plus approfondie.

Car derrière ces spectacles "grand public", si on veut faire l'effort d'aller plus loin, il y a de nombreux chanteurs , musiciens qui jouent en duo, en trio et qui valent vraiment la peine.

Un nombre incalculable d'artistes qui méritent d'être découverts.

 

Rakaniac : on en trouve déjà un certain nombre sur ce blog.

JF : et je pense bien que ce n'est pas fini.

 

Rakaniac : mais qu'en est-il de la troisième vague Celte ?

JF : ça cher ami, tu le sauras bientôt...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Rakaniac - Publié dans : Musique Celtique - Communauté : Les cultivores - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

Samedi 19 juillet 2014 6 19 /07 /Juil /2014 11:07

Rakaniac : Bien le bonjour cher Jean-François.

JF : Bonjour cher ami, content de te revoir sur ce site.

Rakaniac : mais j'avais hâte de reprendre notre conversation à propos de notre passion commune.

JF : avec plaisir.

Rakaniac : que s'est-il passé après la première vague des années '70 ?

JF : il y a eu les années '80.

Rakaniac : mais encore ?

JF : ici, je pense qu'il faut élargir le débat aux autres "pays celtiques" , également scinder en plusieurs parties et revenir plus en arrière pour certaines régions.

Rakaniac : tout un programme.

JF : je reste encore un peu en Bretagne pour les années '80.

Il y a eu une grosse acalmie comme si le celtique en France et en Europe de l'Ouest était un peu passé de mode.

Les artistes Bretons faisaient encore des disques mais ceux-ci étaient moins diffusés sur les radios, on organisait moins de concerts, il y avait moins de festou-noz.

 

Rakaniac : Et ailleurs ?

JF : tout d'abord, il faut préciser que dans n'importe qu'elle région celtique ou non, la transmission orale fut au départ le principal mode d'apprentissage dans les civilisations anciennes.

Rakaniac : oui, ce que tu expliquais pour la Bretagne dans ton article précédent est bien sûr valable pour l'Ecosse, l'Irlande ou la Galice.

 

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JF : En effet et je tiens aussi à préciser un chose.

Comme tu le sais, ce blog ne parle pas de politique et reste uniquement centré sur la musique.

Il me parait cependant logique de situer certains contextes historiques.

 

Tout d'abord en Galice (ouest de l'Espagne), le nationalisme galicien démarre en 1916 avec les "Confréries de la langue" qui revendique le monolinguisme.

En 1931, création du parti Galléguiste qui exprime les premières idées d'automomie de la Galice par rapport à l'Espagne.

Le nationalisme galicien qui défend à la fois la langue et la culture galicienne.

N.B. le Galicien est une langue aux origines latines.

En effet, les langues celtes on disparu en Espagne depuis le 6 ème siècle

Après le décès de Franco en 1975, La Galice obtient un statut d'autonomie et devient comme la Catalogne et le Pays Basque une nationalité historique.

Il y a à présent un parlement galicien.

 

Au niveau musical, le Festival Interceltique de Lorient est le premier à accueillir des artistes de Galice en Bretagne.

Bon nombre de musiques traditionnelles étaient d'abord jouées par des tambours et des gaitas (cornemuse de Galice).

Depuis le début des années '70 de nombreux chanteurs et musiciens vont se faire connaître par les amateurs de musique celte.

Carlos Nunez (flûtes et cornemuse) est le plus célèbre d'entre-eux.

Carlos est un surdoué qui a très bien intégré cette notion d'inter-celtisme en musique celtique.

En plus de sa carrière solo, il sera d'abord membre des Chieftains avant de faire partie de l'Héritage des Celtes.

Depuis, Carlos Nunez est resté ami avec Dan Ar Braz avec qui il fait encore des concerts de temps en temps.

 

Derrière lui, Susana Seivane (cornemuse), Pancho Alvarez (bouzouki), Xosé Manuel Budino, les groupes Milladoiro, Treixadura, Matto Congrio, Luar na Lubre sont parmi les interprètes les plus connus.

 

 

 

 

 

 

La principauté des Asturies est une communauté autonome dont la capitale est Oviédo.

Ce statut est obtenu après des siècles d'histoire et de situations diverses (invasions des Wisigoths, invasions musulmanes, Royaume des Asturies, royaume de Leon).

Musicalement, c'est également au F.I.L. que l'on va découvrir la musique des Asturies.

Tout comme en Galice, leur musiques et danses traditionnelles étaient d'abord jouées sur des tambours et des gaitas.

Parmi les artistes asturiens les plus connus il y a bien sûr José Angel Hévia (cornemuse), Llan de Cubbel, Llariegu, Herbarmora et Hector Braga.

 

 

 

la langue cornique avait complètement disparu en Cornouailles au 19 ème siècle.

Depuis le 20 ème siècle on s'efforce de la faire revivre dans des écoles primaires et secondaires ainsi que dans des cours pour adultes.

Langue brittonique, le Cornique est encore plus proche du Breton que ne l'est le Gallois.

Les Cornouailles sont un comté d'Angleterre.

Depuis peu, ils ont reçu le statut de "minorité nationale".

Au niveau musical, je dois bien avouer ne connaître que la chanteuse Brenda Wooton que l'on avait surnommé "la Grande Cornouaillaise".

Née en 1928 au Pays de Galles et décédée en 1994.

Poussée par des amis qui admiraient sa manière de chanter, elle démarre seulement sa carrière à l'âge de 48 ans.

Invitée régulièrement au F.I.L., Brenda avait une voix à la fois aîgue et puissante qui lui permettait de se sentir aussi à l'aise avec un grand orchestre ou avec simplement son fils à la guitare.

 

 

Rakaniac : Et qu'en est-il du Pays de Galles ?

JF : Le Pays de Galles est une principauté Anglaise depuis le 13 ème siècle.

Depuis 1999, la principauté a des institutions spécifiques au sein du Royaume Uni (assemblée nationale, gouvernement local).

Le Gallois toujours parlé par 20% de la population est la seconde langue nationale.

Côté musique, le Pays de Galles est principalement réputé pour ses Choeurs qui sont de très grande qualité.

A côté de cela, une série d'artistes comme Julie Murphy, Elaine Morgan (Héritage des Celtes), Ar Log, Calenig perpétuent la tradition musicale et font de nouvelles compositions.

Il faut bien avouer cependant, que ces musiciens sont beaucoup moins connus que leurs homologues Bretons, Irlandais ou Ecossais.

 

 

 

 

 

 

L'île de Man est située dans la mer d'Irlande à égale distance de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande.

Elle ne fait pas partie du Royaume-Uni ni de l'Union Européenne mais dépend de la couronne Britanique.

Son gouvernement autonome décrète les lois et gère le budget.

Sur l'île de Man on parle l'Anglais et le Mannois (ou Manxois) qui est une forme du Gaélique.

L'île de Man fait partie des huit nations celtes reconnues par le congrès celtique.

 

Maurice, Robin et Barry Gibb (les Bee Gees) sont nés sur l'île de Man mais on ne peut bien sûr pas les citer en tant que groupe celtique.

Il doit bien y avoir quelques artistes là-bas mais j'avoue n'en connaître aucun.

 

 

 

Rakaniac : et l'Irlande et l'Ecosse, tu n'en as pas encore parlé.

JF : j'y arrive et cette matière est vaste.

Tellement vaste même que je préfère me limiter aux années '60 puis au folk revival à partir des années '70.

 

A noter que la période du folk revival avait démarré également en Angleterre quand des groupes comme Fairport Convention avaient décidé d'ajouter un violoniste (Dave Swarbrick) à une formation rock (batterie, basse, guitare électrique).

D'autres groupes comme Steeleye Span, Albion Band, Oysterband...leur emboîtèrent le pas.

 

 

En Ecosse tout d'abord, en plus des cornemuses, on connait bien entendu les harpes, les violons et les accordéons.

La cornemuse est un instrument répandu dans toute l'Europe mais c'est probablement en Ecosse que sa pratique s'est le plus développée avec les célèbres pipe-bands, ainsi qu' avec les solistes qui jouaient un style de musique classique (piobaireachd).

Il faut dire aussi que la grande cornemuse écossaise est impressionnante et a un registre plus développé avec ses trois bourdons.

Au fil du temps, la musique des pipe-bands a évolué.

Au répertoire purement militaire est venue s'ajouter de la musique de danse mais aussi de nouvelles compositions.

Parfois des musiques plus élaborées avec l'apport d'autres instruments comme les cuivres.

 

 

La musique des Shetlands est également caractéristique.

Des familles entières qui jouent du violon + quelques instruments.

C'est assez spécial tous ces violons qui jouent à l'unisson des musiques très rythmées.

 

Il y a bien entendu le répertoire des harpes.

On retrouve des traces de la "clarsach" déjà au 9 ème siècle à l'époque des Pictes.

Les harpistes avaient autrefois un rôle important auprès de la cour des rois et des chefs de clans pour qui ils composaient des morceaux dans telle ou telle circonstance.

 

La musique vocale également est un genre particulier.

Des chants de travail dans les îles Hébrides, des ballades, de chansons à base d'onomatopées (puirt a beul) souvent à capella.

 

Plus bien entendu des musiques à danser jouées au violon et à l'accordéon.

 

C'est de ces solides bases que se sont inspirés les musiciens de folk revival écossais.

Dans les désormais célèbres années '70 des groupes comme les Tannahill Weavers, Ossian, Silly Wizard, Battelfield Band et Boys Of the Lough (en partie Irlandais), des chanteurs comme Les Corries, les Mac Calmans, Ewan Mac Coll vont faire évoluer la musique traditionnelle écossaise.

 

 

 

 

 

Par leurs arrangements musicaux, leurs talents vocaux et l'ajout de la cornemuse à d'autres instruments (cistre, guitare, violon, accordéon, flûtes) ces groupes se démarquent de ce qui avait été fait jusqu'alors.

L'engouement pour ce style de musique ne cesse de croître et d'autres pays en Europe voient naître leurs propres groupes de musique écossaises et irlandaises.

 

A partir de ce moment, pour le grand public, la musique écossaise n'est plus limitée à la musique de cornemuse.

 

 

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Rakaniac : Et en Irlande ?

JF: Ici aussi je démarrerai aux années '60.

C'est probablement dans ce pays que l'on dénombre le plus de musiciens professionnels ou amateurs.

Des familles entières dont chaque membre état capaple de jouer d'un ou de plusieurs instruments.

Le plaisir de se retrouver dans chaque fête, dans chaque réunion familiale pour faire de la musique ensembles.

Dans ce cadre aussi les chanteurs dans le style "sean nos" qui sous forme de complainte faisaient de longues narrations chantées que l'ont peut assimiler à des contes.

En dehors du cadre familial, il y avait aussi les "Ceili", des rassemblements de musiciens et danseurs qui donnaient libre cours à leur passion pour la musique rythmée.

Dans ce pays, pratiquer la musique tradtionnelle était comme pratiquer une religion sans se préoccuper des différences d'âge ou de condition sociale.

 

C'est dans les années '60 que sont apparus les premiers groupes professionnels.

Sur les conseils de Sean O' Riada, Paddy Moloney (uilleann pipe & whistle) forme les Chieftains en 1962.

Flûte, whistles, uilleann pipe, violons, harpe et bodhran sont les instruments utilisés par ce groupe.

Au départ les Chieftains font uniquement de la musique instrumentale.

Une musique privilégiant les notes aiguëss avec des arrangements très subtils et de nombreux changements de rythme.

Rapidement, la renommée des Chieftains va dépasser les frontières de l'Irlande.

Le "son" des Chieftains a quelque chose d'unique et facilement reconnaissable.

Depuis des décennies, ce groupe est considéré comme l'ambassadeur de la musique traditionnelle irlandaise.

Depuis que Kevin Connef (bodhran) est membre du groupe il y a aussi quelques chansons dans leur répertoire.

Depuis une vingtaine d'années, ce qui intéresse le plus les Chieftains, c'est de jouer avec d'autres groupes et chanteurs dans les styles les plus variés.

Van Morrison, Sting, les Rolling Stones, Ry Cooder...ont tous enregistré avec les Chieftains.

Ils aiment le dépaysement (un des rares groupe Irlandais à s'être produit en Chine) et aussi les albums concepts (un disque consacré à la musique bretonne, à la musique de Galice, du Mexique...).

C'est probablement le groupe le plus original de la scène irlandaise.

 

D'autres groupes ont démarré au début des années '60.

C'est le cas des Clancy Brothers.

Paddy, Tom, Bobby, Liam quatre frères irlandais qui émigrèrent d'abord aux U.S.A. au début de leur carrière.

Associés à Tommy Makem, ils enregistrèrent de nombreux disques de ballades et aussi d'instrumentaux.

Robbie O' Connell est le neveu des Clancy Brothers.

Comme ses oncles il se partagea entre l'Irlande et les Etats Unis.

Robbie O' Connell se produisit à de nombreuses reprises avec les Clancy Brothers.

Les Clancy Brothers sont également connus pour avoir inspiré Bob Dylan à ses débuts.

 

 

 

 

 

 

Groupe de la banlieue de Dublin les Wolfe Tones ont démarré en 1963.

Derek Warfield, Brian Warfield, Noel Nagle et Tommy Byrne en furent les membres fondateurs.

Il s'agit d'un groupe plus révolutionnaire que les Clancy Brothers.

Des chansons engagées à propos de l'Irlande et de L'I.R.A. et des héros républicains irlandais.

Après plus de 50 ans de concerts dans de nombreux pays, les Wolfe Tones sont toujours actifs aujourd'hui.

 

Dans ce style musical, le groupe le plus connu est bien sûr les Dubliners qui avait démarré en 1962.

Ronnie Drew, Luke Kelly, Barney Mc Kenna, John Sheahan, Bobby Lynch, Paddy Reilly et Ciaran Bourke en sont les membres fondateurs.

A l'heure acturelle seul le violoniste John Sheahan est encore en vie mais le groupe existe toujours.

Contrairement à celle des Chieftains, la musique des Dubliners est principalement faite de chansons (même s'il y a aussi quelques instrumentaux).

Une musique de pubs avec des chansons le plus souvent entraînantes, des voix parfois un peu rugeuses qui donnent soif et mettent une terrible ambiance.

 

Dans le genre, il faut aussi citer les Fureys Brothers même s'ils n'ont démarré qu'en 1974.

J'avais présenté cette famille de musiciens dans mes articles The Fureys (part 1) (part 2 & part 3).

 

 

En Irlande, le personnage central du "folk revival" s'appelle Donal Lunny.

Au départ guitariste Donal Lunny va tomber "amoureux" du bouzouki qui avait été importé en Irlande par Johnny Monihan à la fin des années '60.

D'autres musiciens comme Andy Irvine et Alec Finn (De Dannan) vont faire de ce bouzouki leur instrument de prédilection.

Par ses arrangements musicaux, Donal Lunny (qui joue aussi du bodhran et des claviers) va véritablement dynamiser la musique irlandaise.

Dans les années '70 il est à la fois membre du groupe Planxty (Andy Irvine, Christy Moore, Liam O'Flynn) et du Bothy Band (Kevin Burke, Micheal O' Domhnaill, Triona Ni Domhnaill, Matt Molloy, Paddy Keenan) deux groupes qui modernisent la manière de jouer le folk irlandais.

 

D'autres groupes vont leur emboîter le pas comme De Dannan et Clannad.

Clannad formé lui aussi par une famille de musiciens (deux frères, deux soeurs + 2 jeunes oncles).

Eithne Brennan la soeur cadette décida quant à elle de quitter le groupe pour faire une carrière solo sous le nom de Enya.

 

Clannad a la particularité d'avoir démarré par de la musique traditionnelle uniquement acoustique pour petit à petit virer vers une musique pop-rock qui remporta un très grand succès.

 

 

 

 

 

Le style de musique prôné par Donal Lunny allait faire de nombreux émules auprès des musiciens irlandais qui allaient former bon nombre de groupes jouant de cette manière.

Cela, c'est bien sûr une autre histoire...

 

Rakaniac : une histoire que tu ne manqueras pas de raconter par la suite...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Rakaniac - Publié dans : Musique Celtique - Communauté : Les cultivores - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

Mercredi 9 juillet 2014 3 09 /07 /Juil /2014 00:18

 

 

Plus de 125.000 visites sur ce blog démarré en novembre 2006.

Donc 125.000 fois merci aux visiteurs habituels ou occasionnels, merci pour votre intérêt, merci pour vos commentaires.

 

Cet article est une sorte de suite à Naissance d'une passion publié fin 2006 où j'expliquais comment j'étais tombé dans le chaudron de la musique celtique fin 1972.

Plus de 40 ans après, je suis donc toujours là animé par cette passion qui reste le "fil rouge" de mon existence.

 

Pour la première fois voici donc une interview de moi interrogé par moi-même.

Cela peut paraître prétentieux mais je ne vois pas qui d'autre que moi pourrait répondre aux questions que j'ai envie de me poser (!?)

 

N.B. le tutoiement sera de mise car Jean-François et moi on se connait depuis si longtemps.

 

Et c'est parti !

 

Rakaniac : Ainsi donc, tout a commencé fin 1972.

JF : oui et pour ceux qui n'ont pas lu "Naissance d'une passion" c'est parce qu'Alan Stivell était à la mode en France et partout en Europe que j'ai commencé à m'intéresser à lui.

 

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Je pense bien que le détonateur fut son fameux concert à l'Olympia en févier '72. A partir de ce moment, sa renommée a largement dépassé les frontières de la Bretagne.

On entendait Alan sur toutes les radios en Europe, on le voyait à la télévision.

A partir de ce moment, il a fait de très nombreuses tournées un peu partout.

 

Rakaniac : C'est donc lui qui est à l'origine de la première vague Bretonne ?

JF : Oui, il était même le seul au début, puis on a commencé à parler des Tri Yann et de Gilles Servat...

Ensuite il y a eu cet engouement pour la musique Bretonne et Celtique et d'autres artistes se sont fait connaître à leur tour.

 

 

 

 

Ici je parle pour la Bretagne et donc pour l'Europe de l'Ouest car c'est clair que les Irlandais et les Ecossais n'ont pas attendu Alan stivell pour faire connaître leur musique.

 

Rakaniac : De même, ce n'est pas Alan qui a inventé la musique Bretonne.

JF : Non, certainement pas, la musique traditionnelle est jouée depuis très longtemps en Bretagne.

Dans les années '50 il y a eu cependant une grande prise de conscience et de profonds changements.

Rakaniac : ah ?

JF : la musique traditionnelle étant le fruit de la transmission orale, un certains nombres de Bretons ont eu peur qu'une partie de ce patrimoine soit perdu avec la disparition des anciens musiciens et chanteurs.

De nombreux collecteurs se mirent alors à sillonner la Bretagne à l'écoute de musiciens amateurs afin d'enregistrer ou de transcrire des partitions afin de conserver des centaines d'airs et de chansons parfois peu connues.

Ce collectage est toujours d'actualité aujourdhui avec l'association DASTUM qui existe depuis 1972.

 

Parrallèlement à cela, il faut bien sûr parler (déjà dans les années '40) de l'assemblée des sonneurs Bodadeg Ar Sonerion (B.A.S.) présidée par Dorig Le Voyer, association de musiciens qui vont d'une part fabriquer des instruments et d'autre part faire des collectages.

Membre du B.A.S., Polig Montjarret (également sonneur) fut un des grands artisans de ces colletages.

Musicien, arrangeur, compositeur, la musique bretonne lui doit beaucoup.

 

C'est à la B.A.S. que naquit en 1946 l'idée de la création des bagadou qui n'existaient pas auparavant.

Inspiré par le modèle des pipe-bands écossais, le bagad, en plus des cornemuses et des caisses claires comprend également des sonneurs de bombardes.

 

Rakaniac : oui, ces formations musicales sont impressionnantes.

JF :  Au départ, les bagadou ne jouaient que des musiques traditionnelles (principalement des danses)

mais à présent des musiciens et arrangeurs composent des airs pour les bagadou.

Et ce sont même parfois des musiques très sophistiquées.

Ces dernières années, des gens comme Roland Becker, Jean-Louis Hénaff (Bagad Kemper) ou André Le Meut (Bagad Ronsed-Mor)... ont beaucoup fait évoluer la musique des bagadou.

 

 

 

 

 

Rakaniac : en dehors des musiciens, il y a aussi les chanteurs.

JF : Oui, c'est d'ailleurs valable pour toutes les civilisations, la transmission orale est à l'origine de tout type de communication de l'information.

Bien au delà de la musique, on retrouve ce mode de communication dans les contes, dans l'apprentissage de n'importe quelle formation dans les civilisations anciennes.

Bien avant qu'on aie inventé l'écriture mais aussi bien après car jusqu'il y a deux siècles une partie de la poplulation ne savait ni lire ni écrire.

 

Les chansons traditionnelles se transmettaient donc de bouche à oreille.

Un enfant les avaient apprises de ses parents et de ses grands-parents puis les faisaient évoluer à son tour.

 

Rakaniac : les faisaient évoluer ?

JF : oui parce que tout le monde n'a pas les mêmes possibilités vocales. Et que quelqu'un avec un plus grand registre vocal va peut-être étoffer une mélodie ou peut-être la simplifier s'il est moins doué et n'arrive pas à chanter certaines notes.

A partir de ce moment, les mêmes chansons vont se retrouver dans tel ou tel village mais interprétées de manière différente.

Parfois avec des paroles modifiées aussi parce que par exemple, tel enfant apprenant une chanson de son grand-père n'a pas tout compris ou tout retenu et va mettre d'autres paroles à la place.

Comme rien n'était écrit et qu'il n'y avait pas de partitions, il pouvait y avoir de nombreuses variantes.

 

Rakaniac : c'est à partir du moment où il y a eu les collectages dont tu parlais plus haut que les choses ont commencé à se structurer.

JF : Oui.

Entre 1839 et 1893, le conte Hersart de La Villemarqué va publier diverses versions du Barzaz Breiz.

Il s'agit d'imposants ouvrages de chansons populaires collectées par lui et sa mère à travers toute la Bretagne.

Des chants traduits en Français avec parfois des versions compilées ou modifiées par La Villemarqué lui-même.

Un travail remarquable qui reste une référence encore aujourd'hui.

Le Barzaz Breiz et d'autres livres de collectage seront, en partie, une source d'inspiration pour les chanteurs traditionnels d'aujour'hui.

 

Rakaniac : à partir de quand peut-on parler de "professionnels" de la chanson bretonne ?

JF :  à partir de 1956, les soeurs Goadec ont commencé à animer des festou-noz en chantant à trois en "kan ha diskan".

Bientôt suivies par les frères Morvan (également trois) qui après plus de 50 ans continuent de perpétuer cette tradition aujourd'hui.

Depuis les années '70 des chanteurs comme Yann-Fanch Kemener (groupe Barzaz puis carrière solo) et Erik Marchand (groupe Gwerz puis carrière en solo) vont donner des lettres de noblesse à ce genre musical.

 

 

 

 

Toujours actifs aujourd'hui, ces deux terribles chanteurs ont fait de nombreux émules dont Denez Prigent est le représentant le plus connu.

 

Rakaniac : Et au niveau des instruments ?

JF : Bien sûr la Bretagne est connue pour ses binious (petite cornemuse avec un seul bourdon) et ses bombardes.

Pas seulement dans les bagadou mais aussi à travers les sonneurs de couples (biniou et bombarde) qui constituent une autre approche de la musique traditionnelle en matière de danses Bretonnes.

J'évoque tout cela dans mes articles Bombardes et sonneurs (1) (2) (3) que je t'invite , cher Rakaniac, à consulter si tu désires plus d'informations sur le sujet.

 

A côté de cela, il y avait partout des violonistes et des accordéonistes qui sillonnaient la Bretagne pour faire danser les amateurs lors des mariages et des autres fêtes populaires.

 

C'est à partir du "Folk revival" des années '70 qu'on a commencé à utiliser toute sortes d'instruments pour interpréter la musique traditionnelle.

Si Alan Stivell avait directement débuté en mélangeant la bombarde et le guitare électrique, les Tri Yann par exemple jouaient uniquement sur des instruments acoustiques à leurs débuts (guitare, dulcimer, psaltérion, whistle, bombarde, contrebasse, banjo...)

C'est seulement petit à petit qu'ils se sont "électrifiés" en introduisant basse, guitare électrique et claviers dans leur musique plus la batterie qui apportait aussi d'autres sonorités.

 

D'autres groupes des années '70 étaient uniquement acoustiques comme les Leprechauns ou les Skofériens

qui participèrent au Festival de Kertalg en 1972. 

Pareil pour le groupe "An Triskell" des frères Quefféléant (deux harpes celtiques, guitare, flûte, cornemuse...et juste un peu de claviers) ou pour le groupe Gwendal (flûte traversière, violon, guitare, mandoline...et une basse électrique quand même).

 

Glenmor s'accompagnait à la guitare pour mettre en valeur ses textes magnifiques avec parfois le concours d'un autre guitariste : Bernard Benoit.

Gilles Servat en faisait de même à ses débuts pour faire découvrir à la Bretagne sa poésie engagée.

A quelques exceptions près, ses musiques n'avaient d'ailleurs rien à voir avec le traditionnel, ses accompagnements musicaux non plus.

C'est seulement à partir de ses collaborations avec le groupe Triskell puis avec l'Héritage des Celtes que le grand Gilles donna une coloration plus "celtique" à ses chansons.

 

Dans les années '70 & '80 d'autres chanteurs-poètes comme Mélaine Favennec, Gweltaz Ar Fur, Louis Capart et Claude Besson privilégiaient aussi la guitare acoustique.

Ce dernier nous gratifiant en plus de disques instrumentaux interprétés au dulcimer et au psaltérion.

 

 

 

Rakaniac : Et pour les musiques à danser ?

JF : Pareil, on se rend compte encore aujourd'hui de l'impact de cette première "Vague Bretonne" lancée par Alan Stivell.

Parce qu'Alan avait fait un concert dans leur coin que Yann Goasdoué, Mélaine Favennec et les autres décidèrent de former un groupe de Fest-Noz, les Diaouled Ar Menez qui mélangeaient bombardes, accordéon, violon, guitare électrique, guitare basse.

Les Diaouled, un terrible groupe de musiques traditionnelles qui firent de bonheur de milliers de danseurs durant de très longues années.

 

 

 

 

Queques temps plus tard les Sonerien Du leur emboîtèrent le pas ajoutant le chant (kan ha diskan) aux musiques instrumentales.

Quarante ans après, ce terrible groupe est toujours là pour faire danser les jeunes et les moins jeunes sur des airs traditionnels ou des compositions.

Ensuite, ces deux groupes firent de très nombreux émules au fil des décennies suivantes : Ar Re Yaouank, Gwerz, Barzaz, Karma, Kornog, Pennou Skoulm, Skeduz, Follen, Strobinell... 

 

 

 

Enfin, il faut bien entendu parler du F.I.L. (Festival Interceltique de Lorient) qui au départ (1971) était un championnat de bagadou.

"Festival des cornemuses" qui avait aussi accueilli à l'époque des artistes comme Gilles Servat, Alan Stivell et les Dubliners.

A partir de 1972, ce festival décide de s'ouvrir à l'Interceltisme et chaque année des artistes d'autres nations Celtes (Galice, Ile de Man, Ecosse, Irlande...) sont invités à se produire à Lorient.

Un festival (connu également pour sa "Grande parade des nations Celtes") qui n'arrête pas de grandir au fil des ans.

Organisé chaque année au mois d'août durant dix jours, le F.I.L. a dépassé la barre des 800.000 (!) spectateurs  depuis 2010.

Les spectacles proposés sont très diversifiés et les artistes toujours plus nombreux à vouloir s'y produire.

 

A côté de cela, le festival de Cornouaille à  Quimper et le festival des Vieilles Charrues (en partie consacré au folk) attirent également bon nombre d'amateurs de musique Celtique.

 

 

 

Rakaniac : Et ensuite, que s'est-il passé après cette Vague Bretonne des années '70 ?

JF : cher ami, c'est ce que nous verrons dans les prochains articles.

 

 

A suivre...

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Rakaniac - Publié dans : Musique Celtique - Communauté : Les cultivores - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

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