Lundi 27 août 2007 1 27 /08 /Août /2007 00:52

Forte densité

 

En 1995, Seamus Egan forme le groupe « Solas » (qui signifie lumière en gaélique).

Band irlando-américain, Solas ne vas pas tarder à se faire connaître des deux côtés de l’Atlantique.

Multi-instrumentiste et musicien hors pair, Seamus s’est entouré de solistes de haut niveau.

John Doyle est un génie de l’accompagnement à la guitare acoustique.

Karan Casey est une chanteuse formidable. John Williams un accordéoniste de haut vol et la violoniste Winifred Horan est fabuleuse également.


En 1996, tout ce beau monde décide d’enregistrer un premier album : « Solas ».

Dès les premières mesures du premier titre « Nil Na La » on se rend directement compte de la beauté de la voix de Karan et du rythme imprimé par la guitare de John.

Cette guitare à la fois efficace et obsédante est une des marques de fabriques du groupe.

 

Mais ce n’est pas la seule car chaque membre du groupe imprègne la musique de Solas de sa forte personnalité.

 

Il y a un grand nombre de chanteuses irlandaises de très grande qualité.

Mais Karan Casey, c’est vraiment spécial !

Il y a dans sa voix quelque chose de particulier que les autres n’ont pas.

Une émotivité, une sensibilité dans cette voix douce qui s’étend sur un registre assez vaste.

Des titres comme « I wonder what’s keeping my true love tonight” ou “Johnny ‘s gone for a soldier” sont très explicites à ce sujet.

 

Dans chaque morceau, qu’il soit chanté ou instrumental, il y a une terrible recherche au niveau des arrangements.

Chacun des cinq membres y va de trouvailles au niveau de la mélodie ou des accompagnements pour donner à chaque titre des couleurs brillantes.

De plus, Seamus Egan (qui joue parfois de deux ou trois instruments sur un même titre) s’ingénie à ajouter ça et là de nombreuses notes qui renforcent la densité musicale de chaque morceau.

Solas, ils ne sont que cinq mais ils donnent parfois l’impression de jouer à dix !


 

En 1997, la même équipe se retrouve pour enregistrer un deuxième disque.

« Sunny spells and scattered showers » en est le titre.

Never change a winning team, dit-on en sport. Et de fait, le deuxième opus est d’un même niveau que le premier, c’est à dire très élevé.

« The wind that shake the barley » ; « Aililiu Na Gamhna » et « The maid on the shore » sont des chansons magnifiques.

On ne peut qu’adorer la jolie voix de Karan Casey qui une nouvelle fois fait passer un maximum d’émotion dans son interprétation.

« The Kilnamona barndance… » est une suite de reels remarquable de virtuosité.

La suite de gigues « Mom’jig… » vaut le détour elle aussi.

Mais ce ne sont que quelques exemples parmi les 13 titres de ce disque qui est super de bout en bout.


 

 « The words that remain », le troisième album sort en 1998.

Mick McAuley a remplacé l’accordéoniste John Williams.

Mick est au moins aussi doué que son prédécesseur. Non content de jouer de l’accordéon à boutons et du concertina, Mick joue également du low whistle de et l’accordéon à touches (piano-accordeon).

Bien dans le style des deux précédents, ce troisième album se pose bien dans les lignes de force du groupe.

C’est à dire des chansons si bien mises en valeur par la belle voix de Karan Casey et des instrumentaux dans lesquels les musiciens rivalisent de talent et d’ingéniosité.

 

Dans « The stride set » le joueur de banjo Bella Fleck vient dialoguer avec le banjo de Seamus pour donner encore plus de punch à cette suite de reels.

Dans « Sproggies set » c’est la guitare de John qui converse avec les cordes en nylon de celle de Seamus.

Sur une musique traditionnelle, « I am a maid that sleep in love » est une fameuse chanson qui vaut non seulement pour la voix de Karan mais qui contient aussi de brillants arrangements de whistles et de percussions.

Un disque on ne peut plus convaincant !

 

En 2000, Solas nous revient avec « The hour before dawn ».

Hélas, Karan Casey a quitté le groupe et est remplacée par Deidre Scalnan.

Non pas que Deidre soit une moins bonne chanteuse, au contraire, elle a une très jolie voix.

Mais la voix de Karan Casey a quelque chose d’unique au niveau de l’originalité.

 

Deidre Scanlan a une voix très claire et puissante à la fois.

Sa façon de prononcer l’anglais est très compréhensible. Elle chante aussi en gaélique.

Elle n’aurait pas pu mieux rêver que de débarquer dans une telle équipe.

Car Winifred Horan, Mick Mcauley, John Doyle et Seamus Egan sont une fois de plus en grande forme dans ce nouveau cd.

Et comme dans chaque disque du groupe, ils invitent encore d’autres musiciens comme le bassiste Chico Huff, le batteur Ben Wittman, le percussionniste John Anthony ou le multi-instrumentiste Michael Aharon pour venir les épauler.

 

Dans « When my love and I parted » on apprécie tout particulièrement la voix de Deidre et les accompagnements de toute beauté des fiddles de Winifred.

« A miner’s life » est la première chanson chantée par John Doyle avec beaucoup de sensibilité. Ce titre vaut aussi pour la rythmique des guitares et le contre-chant des deux low whistles.

Enfin l’instrumental « Homeless » écrit par Seamus fait penser au style du disque « When Juniper sleeps ».

Album qui est d’ailleurs évoqué dans la dernière chanson « I will remeber you » (sur la musique de « weep not for the memories »).

The hour before dawn, un cd à ne pas rater lui non plus.


 

« The edge of silence » sort en 2002.

Cette fois, John Doyle a quitté le groupe pour poursuivre sa carrière en solo.

Donal Clancy (descendant de la famille « Clancy Brothers ») le remplace à la guitare et au bouzouki.

Mais dans ce disque, on n’aura guère l’occasion d’apprécier son talent car Solas a décidé de changer radicalement de style musical.

Dave Wist est aux claviers et à la programmation de ceux-ci.

Plus Duke Levine à la guitare électrique, plus Chico Huff à la basse, plus Ben Wittman à la batterie ça fait quatre musiciens (invités) qui sont chargés d’assurer une rythmique plutôt rock.

Dans les albums précédents, les invités se contentaient d’ajouter ça et là leur touche personnelle. Ici, ils semblent avoir pris le pas sur les cinq membres du groupe qu’on entend beaucoup moins !

Du coup, on ne reconnaît plus du tout la musique de Solas qui n’a plus rien à voir avec du folk acoustique irlandais.

 

Il y a certes de bonnes idées dans ce cd comme la chanson « Black Annis » où la voix de Deirdre Scanlan est remarquable.

Comme « Clothes of sand » où Mick McAuley fait ses débuts de chanteur.

Ou comme dans le titre « Beck Street » ou on entend des duos entre la flûte et l’accordéon ou entre le fiddle et le banjo qui sont très agréables.

Mais dans l’ensemble, j’ai été déçu par ce cd.


 

En 2003, parution de « Another Day ».

Retour à des sonorités plus acoustiques.

Nouveau changement de guitariste, Donal Clancy est remplacé par Eamon McElholm qui joue en plus des claviers et du violoncelle.

Sa guitare acoustique résonne plus que celle de John Doyle qui jouait de manière un peu plus sèche.

Bella Fleck est de nouveau invité à faire apprécier la sonorité de son banjo cinq cordes.

Chico Huff et Ben Wittman sont aussi de la partie.

Seamus Egan se met aussi à la guitare électrique mais de manière très soft.

 

Dans « Scarecrow’s dream » Winifred Horan fait apprécier son sens de l’harmonisation avec ses fiddles.

La suite de reels « It’s still raining » vaut le détour pour ses dialogues entre le low whistle et les deux banjos ainsi que l’accordéon.

« All that you ask me » est une jolie ballade très bien accompagnée par les guitares de Eamon et de Seamus.

Enfin, « Scodadh na Gramhna » est une très belle chanson en gaelique où tant la voix de Deirdre que les chœurs sont remarquables.


 

Solas enregistre en 2005 « Waiting for an echo ».

En plus des habituels Chico Huff, Ben Wittman, Michael Aharon et John Anthony ils invintent Xurxo Nunez (percussions) et Pancho Alvarez (bouzouki).

Deux musiciens qui font partie de l’équipe du galicien Carlos Nunez.

 

Dans ce disque (qui est fort dans la lignée du précédent) on entend assez bien de guitares car Seamus Egan continue sa découverte de la guitare électrique. Il joue également pour la première fois du bouzouki.

Comme dans chaque album de Solas il y a des choses fort intéressantes.

« Tom Sullivan’s » est une très entraînante suite de polkas avec un magnifique duo fiddle-accordéon.

Très belle chanson de Mick McAuley que le titre « Night visit » avec des guitares très efficaces.

Mick chante un deuxième titre plus calme « Erin » qui est agrémenté de belles sonorités de piano.

Enfin, « Steven Campbells » est une suite de gigues bien dans la tradition du groupe avec des performances du violon et du low whistle bien encadrés par le banjo, la guitare et l’accordéon.

« Waiting for an echo », un cd qui plaira aux amateurs du genre.

 

Solas, assurément un des groupes phares de la musique irlandaise actuelle.

 

 

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Par Rakaniac - Publié dans : Musique Irlandaise - Communauté : Ma musique celtique - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

Samedi 25 août 2007 6 25 /08 /Août /2007 16:07

Haut de gamme


Je connaissais un peu Seamus Egan pour l’avoir entendu sur des disques de Robbbie O’Connell.

J’étais donc curieux en trouvant « When Juniper Sleeps » chez le disquaire de découvrir ce musicien.

Je pensais que Seamus jouait seulement des whistles et de l’uilleann pipe.

J’ai découvert un gars surdoué pratiquant huit instruments !

Seamus Egan est principalement connu comme flûtiste (flûte traversière en bois) et comme joueur de banjo.

Mais il faut aussi ajouter la mandoline, le bodhran et la guitare acoustique.


Un musicien complet donc qui avait commencé à jouer dès l’âge de sept ans.

Né à Philadelphie en 1969, il retourne vivre en Irlande avec ses parents à l’âge de cinq ans.

Sa passion pour la musique irlandaise va naître en écoutant jouer le flûtiste Matt Molloy (Bothy Band, Planxty, Chieftains).


Très vite, Seamus va vouloir pratiquer la musique traditionnelle va prendre des cours auprès de Martin Donoghue.

Très doué, le jeune Seamus va rapidement devenir champion d’Irlande dans deux disciplines :  le whistle et la flûte.

Plus tard, il remportera également des compétitions de banjo et de mandoline.


En 1980, il retourne vivre aux États- Unis et fait la connaissance de Mick Moloney auprès duquel il va encore parfaire sa formation musicale.


En 1985, Seamus Egan sort son premier album solo « Traditional Music of Ireland » dans lequel il joue de six instruments. 

Son deuxième album « Live in America » sera la fruit d’une collaboration avec Eileen Ivers, Liz Carroll, Jerry O’Sullivan…

Seamus Egan rejoindra également « The Green Fields of America » avec Mick Moloney, Jimmy Jeane, Robbie O’Connell.

Puis il formera à New York le groupe “The Chanting House » avec Eileen Ivers, John Doyle et la chanteuse Suzan Mckeown.


Etape importante en 1993 quand il enregistre le disque « Three Way Street » avec Mick Moloney et Eugene O’Donnell.

Plus qu’un trio, ce groupe représente trois générations de musiciens irlandais ayant migré vers les U.S.A.

Le violoniste Eugene O’Donnell étant le plus ancien des trois.


Entre temps, Seamus Egan compose également la musique du film «The Brothers McMullen » d’Edward Burns. Ce film raconte la vie de trois jeunes américains qui retournent vivre en Irlande après le décès de leur mère.


En 1996, Seamus sort son troisième album solo « When Juniper Sleeps ».

Dans ce cd, il a voulu mélanger des instruments acoustiques avec des instruments électriques.

Il nous livre une série de compositions personnelles assorties de morceaux traditionnels.

Un disque ayant également certaines colorations rock et jazz.


Pas moins de 11 musiciens participent à cet enregistrement.

On trouve donc Seamus Egan à la flûte, whistle, low whistle, uilleann pipe, bodhran, guitare acoustique, banjo tenor.

Mais aussi Michael Aharon, un autre phénomène multi-instrumentiste qui joue des claviers, du piano, de l’orgue Hammond, de la basse, des guitares électrique et acoustique, des percussions et du violoncelle !

Et avec eux, le percussionniste John Anthony, les guitaristes John Doyle et Zan McLeod, la violoniste Winifred Horan, l’accordéoniste John Williams, les bassistes Chico Huff et Lindsay Horner, les batteurs Daryl Burges , Steve Holloway et Ron Crawford.

Tout ce beau monde qui au gré des morceaux vient ajouter sa touche personnelle.


Avec une telle équipe il y avait moyen de réussir quelque chose d’impressionnant.

Et, de fait, ce cd est de très haut niveau.

Pour moi, quatre titres sont tout bonnement extraordinaires.

1)  « Weep not for the Memories » :

Sur un rythme de slow, cette très belle composition interprétée au low whistle est superbement accompagnée par l’orgue Hammond de Michael Aharon et les basses de Chico Huff.

Un morceau plein de rêveries et d’espoir.


2)  « The Czar of Munster » :

Petite variante orthographique pour The star of Munster, ce traditionnel irlandais est magnifiquement joué au banjo par Seamus.

Un reel endiablé avec le très efficace soutien des basses, batterie, fiddle, guitare et claviers.



3)  « Farewell to Glasgow » :

Un autre classique de la tradition irlandaise.

Seamus  y joue de la flûte grave et émouvante en dialoguant avec l’accordéon de John Williams.

Winifred Horan et John Doyle jouent également sur ce titre (une préfiguration du groupe Solas ?).


4)  « Masons Apron/ My Love is in America » :

Deux reels très répandus dans le répertoire irlandais et écossais.

C’est dans ce disque que Seamus Egan se fait connaître en tant que guitariste.

Et quel guitariste également !

Seamus Egan a choisi une guitare avec des cordes en nylon.

Une pure merveille de sonorité.

A côté de lui, la guitare de John Doyle, sobre mais terriblement efficace.

Et puis les autres derrière avec les piano, batterie et basses pour rythmer ce titre de façon incroyable.

Le sommet du disque assurément.

Seamus atteint un tel degré de virtuosité, adoptant certaines techniques du banjo.

Il y a de telles variations une telle rythmique dans ce titre qu’on en reste sans voix.

Et qu’on envie de l’écouter et de le ré-écouter sans cesse.

Un de mes morceaux celtiques préférés !





Par Rakaniac - Publié dans : Musique Irlandaise - Communauté : Ma musique celtique - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

Vendredi 24 août 2007 5 24 /08 /Août /2007 23:04


Créé à la fin des années ’90, Lunasa est un groupe « décalé ».


Ce qualificatif convient parfaitement pour décrire la musique de cet extraordinaire groupe irlandais.





























 

Qui dit band extraordinaire, dit musiciens extraordinaires.

En effet, Kevin Crawford (flûte & whistles), Sean Smyth (fiddle & whistles), Cillian Vallely (uilleann pipes & whistles), Donogh Hennessy (guitars & whistles) et Trevor Hutchinson (double bass) sont des gars très doués.
Sans être très vieux, ils ont déjà accumulé une grande expérience grâce à leurs multiples collaborations (entre autre les « Waterboys » et Sharon Shannon pour Donogh et Trevor…).
En les écoutant, on a l’impression que chaque membre apporte sa personnalité et son talent à chacun des morceaux qu’ils interprètent.
Pas de chanteur parmi eux et donc une musique uniquement instrumentale…mais quelle musique !

Outre la qualité de l’interprétation, Lunasa se distingue par la densité de ses arrangements, la beauté de ses solos et ses changements de rythmes époustouflants.
J’ai une grande admiration pour des groupes plus anciens comme « Planxty », « Bothy Band » ou des groupes plus actuels comme « Patrick Street », « Altan », « Solas » ou « Dervish » car j’adore plus que tout la façon dont ils jouent la musique irlandaise.
Mais chez Lunasa il y a quelque chose de plus particulier encore.

C’est un mélange de traditionnels et de compositions le tout interprété avec certaines influences du rock ou du jazz.
Cette musique ne ressemble pas du tout à du jazz mais elle a l’esprit du jazz au niveau de ses improvisations.
Est-ce le rythme si bien marqué par la contrebasse ? Est-ce l’omniprésence des flûtes et des whistles ( à noter que quatre des musiciens sur cinq jouent des whistles en plus de leur instrument respectif) ? Toujours est-il qu’il y a dans leur interprétation du répertoire irlandais quelque chose de différent, de décalé.
Des titres comme « Paistin Fionn », « Killarney boys of pleasure », « Ballylogan »…sont très évocateurs à ce sujet.

Pour essayer d’illustrer cela il faut par exemple écouter Sharon Shannon qui joue au whistle « Rathlin Island » sur l’album « Sharon Shannon live in Galway ».
Ce morceau est interprété de façon remarquable par Sharon qui non contente d’être une virtuose de l’accordéon se débrouille très bien aussi à la flûte irlandaise (whistle) et au violon (fiddle).
Puis ensuite écouter le même morceau (appelé Island Paddy) joué par Lunasa.
C’est étonnant !
Etonnant le jeu de whistle tout en variations, en ornementations de Kevin Crawford.
C’est pourtant le même air mais là on se rend compte que Lunasa est vraiment un groupe à part…un groupe différent.

Alors si vous aimez le folk irlandais et que vous ne connaissez pas ce groupe, n’hésitez pas à vous procurer un de leurs cd.

Discographie :

Lunasa vient de sortir un nouveau disque en 2006, il s’agit de leur sixième cd.

 


Pour ma part, je connais :


The merry sisters of fate (paru en 2001)

Red Wood (2003)

The Kinnitty Sessions (2004).

 

 

 




Par Rakaniac - Publié dans : Musique Irlandaise - Communauté : Ma musique celtique - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

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