Musique Bretonne


Mercredi 19 novembre 2008 3 19 /11 /Nov /2008 00:15


Je vous ai déjà parlé de Claude dans deux articles précédents


Comment j'ai découvert Claude Besson 


Claude Besson






L'Argoat, la Bretagne intérieure, est parsemée de chemins creux. Des sentiers où la nature a repris le dessus et qui sont parfois source d'inspiration de l'imaginaire de ceux qui les empruntent.

Un peu comme des chemins creux, les sillons de Claude Besson nous conduisent dans un univers teinté de poésie et de mélodies très agréables.


Hormis le titre "Kenavo Prizon Paris" entendu à la radio, la première chanson que j'ai écoutée fut "Mon ami Pierre du Québec". J'ai directement accorché à ce titre.
Une superbe musique ornementée par le piano, un texte posé à propos de l'amitié avec des mots qui sonnent tellement juste, qui sonnent tellement vrai.
Après tant d'années, ce texte reste un de mes préférés.
J'avais envie de le partager avec vous.


Mon ami Pierre du Québec


Mon ami Pierre du Québec
Je ne te connais pas.
Mais j'ai dans ma bibliothèque
Tant de lettres de toi.
Que s'il fallait que je raconte ton visage
Crois-moi je n'aurais pas bien honte du voyage
C'est tellement beau, c'est tellement clair dans mon esprit,
Comme ces lettres, Pierre que tu m'écris.

Si ton pays n'en est pas un
Il n'en existe aucun,
A le chanter son doux parfum
Chatouille tant mes reins
Que s'il fallait que je raconte ses rivages
Le Saint-Laurent n'aurait pas honte du voyage
C'est tellement beau, c'est tellement clair dans mon esprit
Comme ces lettres Pierre, que tu m'écris.

Parfois mon pigeon voyageur
Ne joue pas au facteur
Et mon ami Pierre se meurt
Le temps de quelques fleurs,
Mais c'est une amitié si forte et sans ombrage
Que très souvent le vent me porte son image
C'est tellement beau, c'est tellement clair dans mon esprit
Comme ces letttres, Pierre que tu m'écris.

Etre une outarde ou un dauphin
Qu'importe le moyen
Un jour je prendrai le chemin
Partagerai ton pain.
Et l'île aux Coudres et les Sorel et les Erables
On en fera des aquarelles incomparables
C'est tellement beau, c'est tellement clair dans mon esprit
Comme ces lettres, Pierre que tu m' écris.

Celui qui a fait la chanson
Il est bien loin de toi.
Il est dans le pays breton
Entre océans et bois.
Et si tu quittes un jour ta rue Adélaïde
Viens je te dirais les talus couverts de rides.
C'est tellement beau, c'est tellement clair dans mon esprit
Comme ces lettres Pierre, que tu m'écris.


(Claude Besson, 1980)

Après avoir entendu ce titre, j'étais on ne peut mieux disposé pour découvrir le restant de cet album N° 3 de Claude. Je fus vraiment sous le charme en passant de titre en titre.
Des chansons comme "Kenavo Prizon Paris " (à propos de son retour en Bretagne) ou "La Bienvenue, la Malvenue" sont restées mes préférées. Mais ce disque dans son entièreté vaut vraiment le détour.
"Ile de Sein", "Quel Fléau ce fléau", "Plus de mari pour Marie"...autant de petits bijoux qui brillent tant par leur poésie que par leur musique.
Certains font des comparaisons avec Brassens (son idole). Un Brassens de Bretagne qui de sa belle voix nous raconte des histoires parfois avec humour (Le Paysagiste de St.Denis) et surtout avec tendresse.

Vu qu'il n'est pas toujours évident en Belgique de se procurer les disques de chanteurs moins biens distribués, j'ai dû me contenter de ce vinyl durant une vingtaine d'années.
Depuis 2005, grâce à internet, j'ai pu prendre contact avec lui et acheter ses cd via son site.
J'ai découvert également son parcours.

Après ses études en électronique, Claude Besson s'est installé comme luthier à Paris dans le quartier St. Denis.
Virtuose du dulcimer et du pasaltérion il apprend à jouer d'autres instruments de musique.
Et quand il n'en joue pas...il les fabrique.
C'est à cette époque qu'il écrit ses premières chansons et commence à se produire dans des maisons de jeunes.
Il fréquente le Hootnany (célèbre salle de Lionel Rocheman où on donne sa chance à de jeunes artistes) et se fait remarquer par un producteur, Nicolas Péridès.
C'est à partir de 1972 que sa carrière va donc démarrer et que les Productions Péridès vont l'aider à produire ses disques.

Six disques entre 1972 et 1992.
Deux instrumentaux qui mettent à l'honneur le dulcimer et le psaltérion (le premier recevra d'aileurs le grand prix de l'Académie Charles Cros).
Quatre 33 tours avec des chansons.

Des extraits des trois premiers albums seront regroupés sur le cd "20 chansons" paru en 1993.
En plus de sept titres de l'album chansons N°3, l'occasion pour moi d'en découvrir treize autres tout aussi beaux.
"Kerouze", une chanson très mélodieuse à propos du village de Bretagne où il est venu vivre à son retour de Paris.
"Damdidalididam", qui est son premier 45 tours, une version personnelle des "Prisons de Nantes" où le dulcimer est très présent.
Autre titre que j'aime bien "Menez Du" sur une musique un peu envoûtante.
"Les amours d'artisan" évoquant le savoir-faire et avec un regard dans le rétro pour son travail de luthier.
"Les chansons de nos veillées" qui nous rappelle quelques chansons traditionnelles.
"N'oubliez-pas l'Armor" sur une très belle mélodie. On y entend quelques mots de breton ce qui est peu fréquent dans les chansons de Claude.



En 1994, Nicolas Péridès édite une compilation des deux disques instrumentaux en un seul cd.
Ce "Besson instrumental' met donc à l'honneur le dulcimer et le psaltérion.

Instrument diatonique à cordes pincées, le dulcimer se tient sur les genoux.
De la même famille que l'épinette des Vosges, il possède quatre cordes et peut se jouer en arpèges (picking) ou avec un médiator.

Depuis le Moyen-Age, le psaltérion est de forme triangulaire et se joue avec un archet.
Celui dont joue Claude Besson possède 26 cordes.
Mais la taille de l'instrument et le nombre de cordes varie selon qu'il est soprano, alto, ténor ou basse.
Jean-Louis Jossic (des Tri Yann) en joue également.

Claude joue aussi du dulspinet qui est une sorte de dulcimer avec des cordes supplémentaires pour faire des effets de réverbération.

Une série de morceaux intéressants sur ce disque comme "Viviane", "La ronde des korrigans", "Passe-moi ta godasse" ou "Kan ar Soazig".
Claude nous fait admirer ses qualités d'instrumentiste, bien épaulé par Mikael Maosan (fiddle, mandoline), Hamadi Ali (guitare acoustique), Hubert Varron (violoncelle) et Emile Mayousse (cor anglais).



En 1985, Claude sort son quatrième album de chansons (Espérance, espérance) qui sera réédité en cd en 1998.
De très bon titres dans cet album où Claude est un peu plus contestataire au niveau de ses textes comme dans "La fille de Lorient", dans "Espérance, espérance" ou dans "Faut pas rêver".
"Les deux arbres à chanson " est également très bien écrite et fait clairement penser à Georges Brassens. 
Dans ce disque Claude joue de la guitare et un peu de claviers.
Jean-Paul Battailley, Hubert Varron, Bernard Wystreate, Sauveur Malia, Serge Eymard, Hubert Guillo, France Bihannic et Louis Capart participent à cet enregistrement.

Pas de version vinyl pour "Baladin, Baladine" qui sortira directement en cd en 1995.
Style un peu différent au niveau des orchestrations pour ce nouvel opus.
Mais Claude Besson y reste égal à lui-même c'est à dire excellent.
De nouveau, je suis sous le charme d'une série de chansons tant pour leurs musiques que pour la magie de leurs textes.
Poésies souvent imprégnées d'humour ou de contestation mais sans démesure.
"Mon inspecteur des impôts", "Chanson pour Jean-marie Koltès", "Mon père", "Adieu nos espérances", "Les deux quais" sont celles que je préfère.



En 2003, Claude décide de réenregistrer chez lui une série d'anciennes chansons.
"Made in Kerouze" est donc un double cd contenant 35 titres.
Sur le livret, il n'est pas précisé si Claude Besson s'est fait accompagner par des musiciens.
Mais sur ce disque, on entend une série d'instruments (guitares, claviers, dulcimer, psaltérion, basse, percussions). Notre diable d'homme serait capable d'avoir tout joué lui-même !

J'aime bien aussi ces nouvelles versions.
Une série de découvertes ("Marine", "Le grand-père","L'automne"...) parce que je ne connais pas les deux premiers albums.
Puis le plaisir de redécouvrir les chansons plus anciennes avec d'autres arrangements, d'autres instruments.
Sans les citer tous, c'est sûr que "Ile de Sein", "Le chiffonnier", "Mères noires", "Je te donne le droit" sont particulièrement bien réussis.
Une mention spéciale enfin pour "La bienvenue, la malvenue" qui reste pour moi un sommet tant par sa musique que par ces paroles.
Ce magnifique poème avec ça et là des séries de quatre rimes, c'est tout simplement du grand art !
...Moi je n'ai cure
   Des guipures
   Des ceintures
   Des parures
   Y'a des amours
   Qui durent toujours
   Même sans velours
   Toi tes hardes
   Bien qu'elles gardes
   Leurs lézardes
   Je les garde   
   Y'a des amours
   Qui durent toujours
   Même sans velours...

Ecoutez plutôt !



Merci à "You Tube" pour cette série de vidéos qui permettent à ceux qui n'ont jamais vu Claude en concert de le voir un peu en live.


A noter enfin qu'en 2005, Claude Besson a participé à un concert avec divers artistes (dont Yvon Etienne et Louis Capart) qui rendaient hommage à Jean-Michel Caradec en interprétant ses chansons.

Bonne promenade sur les sillons de Claude Besson !


 Pour d'autres infos ou pour commander ses disques cliquez donc sur le lien ci-dessous.
link




Par Rakaniac - Publié dans : Musique Bretonne - Communauté : Ma musique celtique - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 16:11
Didier Squiban est né en 1959 à St. Renan près de Portsall et pas très loin de l'île de Molène.
Il commence à apprendre le piano dès l'âge de neuf ans auprès du curé du village.
Puis Pierre-Yves  Moign sera son premier professeur.



Didier aura aussi la chance de disposer d'un piano à queue à la maison.
Après avoir charché sa voie, il s'orientera tout naturellement vers des études de musicologie.
Il sait à ce moment qu'il sera musicien et rien d'autre.
De formation classique, il va découvrir le jazz vers l'âge de 18 ans.
Quelques grands noms comme Duke Ellington, Bill Evans... feront partie de ses références; au même titre que Debussy ou Eric Satie pour le classique.
Devenu professeur de musique, il fait partie d'une série de groupes comme "Jazz Forum" ou "Sirius".

Amoureux de la Bretagne et de ses paysages, il s'intéresse beaucoup à la culture musicale de son pays.
Peu à peu, son style sera à la fois influencé par le classique, le jazz et le celtique.

Le fait d'être enrôlé dans l'Héritage des Celtes" de Dan Ar Braz le fera entrer par la grande porte sur la scène bretonne.
C'est dans ce spectacle qu'il va renconter Yann-Fanch Kemener et cette rencontre sera capitale pour Didier.
Car Yann-Fanch lui fera découvrir en profondeur toutes les nuances de la musique traditionnelle.
Leur collaboration débouchera d'ailleurs sur trois albums.
Yann Fanch Kemener ne cessera d'encourager Didier à travailler dans cette direction.

Un peu plus tard, Didier rencontre Gilles Lozac'hmeur à la fois passionné de jazz et directeur de "LOZ" qui produit des disques bretons.
Didier signe alors pour cette maison de disques.
Didier Squiban crée alors "An Tour Tan", un rassemblement qui regoupe divers musiciens comme Jean-Michel Veillon, Alain Genty, Gilles Le Bigot...qui produisent leur premier album "Pen-Ar-Bed" en 1996.
Ensuite, Didier décide de s'embarquer sur l'île de Molène là où vivaient ses grand-parents.
Et c'est sur ce magnifique îlot de la mer d'Iroise qu'il va trouver l'inspiration pour composer les dix-huit titres de l'album "Molène".

C'est aussi grâce à l'Héritage des Celtes que j'ai découvert Didier Squiban.
Sur le deuxième album, il accompagnait Gilles Servat dans la célèbre chanson "Eleanor".
Voulant en savoir d'avantage, je me suis procuré deux disques du duo "Kemener-Squiban" et j'ai très vite été sous le charme.



Un peu plus tard, un ami m'a alors prêté "Molène".
Au départ, j'étais un peu réticent car un disque, avec rien que du piano, je craignais un peu la monotonie.
J'ai très vite changé d'avis !
Dès les premières mesures, j'ai de suite accroché à la musique de Squiban !
Il y a une telle densité dans ses morceaux que le piano à lui seul parvient à remplir tout mon "'espace auditif".
En plus, un instrument d'une sonorité magnifique qui donne un relief incroyable à toutes les notes qu'il joue.

Dès les premières notes de "Ar Baradoz" on est étonné par la recherche qu'il ya dans son interprétation.
Cela se confirme dans la "Suite d'An Dro" où le style est à la fois fouillé et ornementé.
"Ledenez" est pour moi très émouvant avec ses envolées de notes et ses improvisations.
Vient alors "Kost ar Ch'oat" (morceau que j'avais entendu sur Stivell à L'Olympia").
C'est pour moi le sommet de ce disque !
Cette danse bertonne interprété en jazz avec la main gauche qui maintient un rythme implacable et la main droite qui y va d'innombrables variations autour du thème central.

Et le disque se poursuit sur un niveau très élevé.
Avec une successions de morceaux de grandes qualités, tantôt plus lents, tantôt rapides.
Nouvelles envolées (Tri Men), cascades  de notes (Enez Euza), émotions (ker Eon), majestueux (An Oed), apaisant (Bannec).
"Molène" est un disque vraiment très raffiné.

A noter enfin que ce cd (et les suivants) est très richement illustré par un livret de photos de Michel Tersiquel. Photographe remarquable qui nous offres de superbes images de la Bretagne.


link
Un petit lien pour un très beau site consacré à l'île de Molène et dans lequel on parle aussi de Didier Squiban


En 1999, Didier enregistre "Porz Gwenn", un nouvel album de variations pour piano solo mais
il s'agit d'un disque que je ne connais pas.

En 2001, troisième album de cette trilogie avec "Rozbras".



Douze images pour piano, des compositions teintées ça et là de colorations bretonnes.
Toujours en osmose avec le jazz (Chanson du pays de Redon, Ridées...), Didier démontre une fois de plus la souplesse de son jeu.
Avec parfois des appuis au milieu du temps comme en musique traditionnelle.
Un jeu toujours aussi imaginatif, riche en improvistions comme dans l'image N°12 en hommage à Alain Pennec.
Evocation aussi de la chanson de Glenmor "Princes entendez bien" dans laquelle Didier y va de nombreux accords.
Rozbras, un splendide voyage.

Au fil du temps, la renommée de Didier Squiban ne s'est pas limitée à la Bretagne.
Depuis de nombreuses années, il a entammé une carrière internationale avec des destinations aussi exotiques que l'Asie et le Moyen-Orient.
Une douzaine de disques déjà à son actif auxquels il faut ajouter les enregistrements avec d'autres artistes (Yann-Fanch Kemener, Manu Lann Huel...)

Autre disque en 2003 "Ballades".



La Bretagne bien sûr pour influencer ses compositions mais aussi des destinations plus longtaines comme Marrake'h, Istamboul, Pékin ou l'Indonésie.
Influences musicales particulièrement présentes dans "An dro an Douar".
Dans ce titre, Didier Squiban fait aussi allusion à une certaine "Suite Sud Armoricaine"...

Dans "Gwerz pour Julien", une évocation de danses traditionnelles, un chapelet de notes joué par une main droite...diabolique.
Dans "Dublin" des accords majeurs et une interprétation très solennelle de "Eleanor" de Gilles Servat.
Dans "Angelus", le jazz se fait plus rythmé pour revisiter quelques danses bretonnes.
Enfin, toujours le même balancement animé par une terrible main gauche dans le titre "Glasgow".
Neuf titres, neuf "ballades" qui nous emmènent dans un univers musical...divin et infini.

Et pourtant...

Mon père avait été pianiste de jazz dans un groupe amateur.
Il ne s'était jamais intéressé à la musique celtique.
Pourtant, quand je lui ai fait découvrir Didier Squiban, il a de suite été sous le charme.
"Quel pianiste !" me disait-il souvent.
Cette passion commune était un lien supplémentaire entre nous.
A tel point que, après son décès en 2006, j'ai eu très difficile de ré-écouter la musique de Squiban.
Et cela a duré de très longs mois...

Cette année, j'ai pourtant acheté "La Plage" qui était sorti en 2006.



Nouvel enchantement !
Changement radical puisque cette fois, Didier est accompagné par Bernard Le Dréau (saxophones), Simon Mary (contrebasse) et Jean Chevalier (percussions, batterie).
Petite formation jazz donc pour ce cd qui n'est pas une première dans ce style.
Didier avait déjà enregistré trois ou quatre autre disques avec ses amis jazzmen.

Douze nouvelles compositions pour ce cd aux couleurs estivales et marines.
D'emblée, on constate que Didier s'est entouré d'accompagnateurs hors pair.
Déjà dans "Kostan", le saxo de Bernard Le Dréau est très présent.
Et dans "Enez Plat" la contebasse de Simon Mary est tout aussi remarquable.
J'aime beaucoup aussi le jeu de batterie de Jean Chevalier dans "le café de l'ancre".

"Ar zer du, ar zer vras" est une composition pleine de variations où se mèlent joie et nostalgie.
Là aussi le saxophone est particulièrement brillant.
L'air de "Enez Melban" me fait un peu penser à "Maro ma mestrez" qu'il joue d'ailleurs plus tard sur le disque. Coup de chapeau à Jean Chevalier pour les percus.

"Riouzig" est une sorte d'aboutissement, une composition brillante interprétée avec grande maîtrise par Didier.
"La Plage" est inspiré par les danses bretonnes.
Deux saxos endiablés qui dialoguent avec le piano très bien soutenus par la conterbasse et les drums. Ou, comment transposer de la musique bretonne vers le jazz selon la recette d'un certain Squiban.
Comment ne pas être charmé par l'imaginaire véhiculé dans "Petit air marin" ou avoir envie de bouger grâce au swing d'un morceau comme "Da lech all" ?

"la Plage", un tout bon disque que je ne puis que recommander à tous les amateurs piano, à tous les amateurs de jazz, à tous les amateurs de musique.
Un disque qui me donne également l'envie de m'en procurer d'autres car quatre c'est bien... mais ce n'est pas assez !
 


Par Rakaniac - Publié dans : Musique Bretonne - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /Sep /2008 23:43
En 1972, Yann-Kouarintin Ar Gall, Didier Quiniou, Gilles Roland et Raymond Riou fondent le groupe Sonerien Du (les sonneurs noirs). Ce nom en hommage à deux sonneurs de Pont-L'Abbé qui s'habillaient toujours en noir et qui furent pendus suite à une erreur judiciaire.


C'est l'époque où Alan Stivell commençait à faire connaître la musique bretonne au delà des frontières et où ses idées musicales mélangeant tradition et modernité allaient inspirer bon nombre de musiciens en Bretagne.

Bientôt rejoints par Yann Goas et Dany Tanneau, les Sonerien Du se spécialisent dans la musique des festou-noz, c'est à dire des fêtes de nuit.
Une musique à danser puisant largement dans le répertoire traditionnel.

Un couple de sonneurs (biniou kozh et bombarde) appuyé par un accordéon et soutenu par une guitare et un banjo.
Le bassiste Jean-Pierre Le Cam va rejoindre le groupe en 1973.
En 1979, Dany Tanneau sera remplacé par le violoniste-guitariste Hervé Kerneis.

Les Sonerien Du s'y entendent pour mettre l'ambiance dans un fest-noz et faire danser un public de tous âges.
Non seulement par des instrumentaux mais aussi grâce à un très grand nombre de chansons chantées en breton et en français.
Leur "kan ha diskan" (chant à répondre) est très efficace car Raymond Riou (guitare) et Jean-Pierre Le Cam n'ont pas leur pareil pour chauffer le public.
Derrière eux, le formidable soliste qu'est Yann Goas (bombarde, veuze,whistle...) donne à cette musique des couleurs à la fois très bretonnes et très originales.
L'accordéon de Gilles et le violon d'Hervé donnent à la musique des Sonerien Du un irrésistible côté entraînant.

Des années '70, je garde le souvenir d'une cassette audio "Bal Breton 2" bien caractéristique du style des Sonerien. Avec des titres comme "Jean-Marie" (une histoire un peu moqueuse sur un air de laridé) ou "Le rosier blanc", un hanter-dro bien marqué ou cet autre morceau "Ar bloaz paseet" un andro dynamique où l'accordéon dialogue avec le whistle.

C'est aussi durant cette décennie que Dan Ar Braz a fait partie du groupe à l'époque de leur troisième album.

Un de mes disques préférés reste "Feunteun an Aod" paru en 1981.
Tout comme l'a fait Stivell avec sa chanson "Beg ar Van" ou les Tri Yann avec leur album "Si mort a mors", les Sonerien Du évoquent aussi les événements de Plogoff.
Révolte des habitants contre l'implantation d'une centrale nucléaire illustrée par le film "Plogoff, des pierres contre des fusils" de Nicole et Felix Le Garrec.

Outre cet émouvant "Feunteun an aod" composé par Yann Goas et Hervé Kerneis, une série de titres sont très intéressants sur ce disque.
Très peu de choses traditionnelles mais des compositions d'airs et de chansons à danser aux rythmes de gavottes, de laridés ou de plinn qui donnent un irrésistible besoin de bouger.
"L'artilleur" et "L'oiseau noir" sont mes chansons préférées.



En 1982, le groupe fête déjà ses dix années d'existence et choisit de réaliser son nouvel album en Hollande !
Grand amateur de folk, Ben Mathijssen produit là un disque de grande qualité.
La pochette est on ne peut plus originale puisque Martin Lodewijk dessine les membres du groupe à la manière d'Uderzo dans Asterix.

Les cinq musiciens sont en très grande forme.
Davantage de traditionnels sur ce disque anniversaire avec des titres très rythmés comme "le fils du Roy" , "Quand j'étais chez mon père" ou le fameux "Marie bas de laine"
...C'est à cinq heures dedans la plaine,
   Marie cache tes jolis bas de laine.
   Marie cache tes jo, Marie cache tes bas
   Marie cache tes jolis bas de laine
   Qu'on ne les voye pas...

Un anniversaire très festif !



L'album suivant sera également produit par les Hollandais de Munich Records en 1983.
Gilles Roland a quitté le groupe et est remplacé par Claude Lebrun qui joue des synthés et de la harpe celtique.
La première partie de ce disque est "classique" c'est à dire avec des chants et des danses très entraînantes (Suite Fisel, Gervais...).
La seconde moitié est consacrée à la légende du roi Marc'h comme l'indique le titre de l'album
"Roue Marc'h".
Faisant partie des légendes de la ville d'Ys, ce récit raconte comment le roi Marc'h qui possédait un cheval extra-ordinaire fut victime d'un sort jeté par la princesse Dahud.
Morvac'h (cheval marin) était très rapide et capable de galoper sur les flots.
Lors d'une chasse à courre, Dahud transformée en biche fut rattrapée par March' et son cheval.
Pour s'en sortir, elle n'eut comme seul recours que de jeter un sort au roi en l'affublant des oreilles et de la crinière de son cheval.
"Le roi Marc'h a les oreilles du cheval Morvac'h" ...la légende raconte comment le roi lutta contre la honte de cette affirmation.
Les Sonerien Du ont donc composés neuf titres instrumentaux et chantés à partir de cette histoire transmise par Yann Brekilien (La Mythologie Celtique).
Un disque à la fois beau et intéressant.

Grosse révolution musicale en 1986 avec l'album "Amzer Glaz".
Cette fois un batteur, Gérard Belbeoc'h est de la partie et un nouveau claviériste, Eric Dureau.
Révolution car forcément la batterie qui marque le rythme de façon beaucoup plus appuyée mais aussi l'importance considérable des claviers.
Gilles Roland troquait parfois son accordéon contre des claviers mais jouait de manière très soft. Il en était de même pour Claude Lebrun sur "Roue Marc'h".
Ici, la plupart des arrangements sont d'Eric Dureau et ça s'entend car les claviers sont omniprésents.
Ce n'est certes pas désagréable car c'est très bien fait mais ça donne une coloration très différente à la musique du Sonerien Du.
"Amzer Glaz" reste d'ailleurs un des disque que je préfère du groupe.
En particulier la suite de gavottes "Kafi" composée par Yann Goas.
Yann a fait un parrallèle entre "Kafi" qui est un "thât (type musical traditionnel d'Inde) qui correspond à une gamme utilisée dans ces gavottes.
Un jeux de bombarde vraiment très recherché dans ce titre !
Amzer Glaz, un disque qui aura marqué l'histoire du groupe.


Jean-Pierre le Cam

1987, nouvel enregistrement avec "Tradition vibrante" réalisé par la même équipe à l'exception de Gérard Belbeoc'h qui reste le batteur sur scène mais est remplacé sur ce disque par le percussionniste Jacques Moreau.
Jacques fait aprécier de nouvelles sonorités d'accompagnement avec ses congas, timbales et autres djembe.
Disque dans la même veine que le précédent avec beaucoup d'arrangements d'Eric Dureau et des morceaux composés par les divers membres du groupe.
Comme chaque fois, la bonne humeur des deux chanteurs (Raymond Riou et Jean-Pierre le Cam), les grandes qualités musicales d'Hervé Kerneis à la fois très efficace avec son violon et dont le jeu de guitare est très raffiné.
Sans oublier le brio de Yann Goas, maître sonneur qui est très imaginatif dans sa manière de jouer.
A noter dans ce disque une chanson engagée (Bac Plinn)  sur la défense de la langue bretonne.

En 1988, le sympathique Raymond Riou décide de prendre un peu de recul et quitte le groupe.
Il est remplacé par Dominique Lardic un guitariste électrique venu du rock.



Autre cd en 1992 "Etre Mor ha Douar"
Dominique Robineau est venu remplacer Eric Dureau aux claviers, les cinq autres sont toujours là.
De nouveau toute une série de compositions sur un mode de danses traditionnelles pour ce très bon disque.
J'aime particulièrement des chansons comme "la Godille" et "Les Bergères, une chanson mêlant les paroles trad. et les réalités d'aujourd'hui.

Boulversement en 1994, puisque Yann Goas décide de quitter le groupe après 22 ans.
Après les interims de quelques musiciens comme Bernard Quilien (Bleizi Ruz) et Youenn Le Bihan (Skolvan), c'est finalement Jacques Beauchamp qui devient le sonneur du groupe.
Il joue aussi du biniou et de l'accordéon.



Enregistré en 1998, le cd "Steir" poursuit la queste musicale du groupe.
Six musiciens, tous barbus, qui semblent se porter à merveille pour ce nouvel opus.
Encore un autre claviériste puisque Philippe Ferec a remplacé Dominique Robineau.
Mais la qualité de la musique produite par les "Du" reste du même niveau.
J'aime beaucoup le rond de St.Vincent "Toutes directions" et l'hanter-dro "L'Hypolipidemie" sur un ton un peu ironique.

Voilà pour les huit titres que je connais car Sonerien Du a enregistré une petite vingtaine de disque.
Les Sonerien Du qui ont parcouru l'Europe entière pour faire plusieurs milliers de festou-noz
sont toujours là pour perpétuer la tradition de la danse.
Ils on fêté leurs 35 ans en 2007 et continuent d'enchanter des publics de tous âges.

Si ce groupe passe dans votre région, ne les ratez pas !


  
 
 
 

Par Rakaniac - Publié dans : Musique Bretonne - Communauté : Ma musique celtique - Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires

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