Mardi 19 mai 2009
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Un de mes premiers disques de musique irlandaise fut un disque de Ted Furey.
A l'époque, les 33 tours édités par "Le Chant du Monde" avaient une pochette tryptique ouvrante qui permettait d'imprimer de nombreuses informations sur les artistes et les airs joués.
"Le fiddle irlandais" me permit donc de découvrir un grand violoniste irlandais.
Ted Furey, un musicien au parcours peu banal.
Il est né à Athlone au centre de l'Irlande sur les rives du Shannon.
Ses dons d'instrumentiste, il les avait hérité de son père, de son grand-père et même de son arrière grand-père tous joueurs de cornemuse irlandaise.
Il commença donc la cornemuse dès l'âge de huit ans.
A 14 ans, Ted démarra une carrrère de musicien, toujours en compagnie de son père et de son grand-père.
Gagner sa vie avec la musique, dans les années '20 ce n'était pas évident en Irlande avec en plus les troubles politiques qui secouaient le pays.
Après le décès de ses ainés, Ted Furey délaissa peu à peu la cornemuse au profit du banjo.
Engagé dans un orchestre, il se mit à faire du jazz et du ragtime.
Durant une vingtaine d'années, il fut musicien professionnel et apprit d'autres instruments commme l'accordéon, le whistle et même la trompette.
Au décès de sa mère, il laissa tomber la musique durant de nombreuses années.
A la fin des années '50 les "Fleadh Ceoils" (festivals de musique populaire) lui redonnèrent l'envie de refaire de la musique.
En voyant d'autres musiciens prendre du bon temps à jouer dans les pubs, Ted voulu s'y remettre lui aussi.
Il eut cependant envie de devenir violoniste.
Il se fabriqua lui-même son violon et se mit à s'exercer durant 16 heures par jour !
Ted Furey participa à des concours à partir de 1959, cela dura quatre ans.
Quatre ans avant de se juger assez bon que pour redevenir professionel.
Et à partir de se moment, Ted se remit à jouer dans toute l'Irlande mais aussi en Angleterre et en Ecosse, partout où on le demandait.
La musique irlandaise étant inscrite dans ses gènes, il n'eut aucun mal à se replonger dans les airs traditionnels qu'il avait pratiqué par le passé.
Dans l'intervalle, il avait épousé Nora elle aussi musicienne (accordéon, banjo) qui lui donna quatre fils...tous musiciens également.
Ted Furey enregistra quelques disques avec sa femme et ses fils ainsi que d'autres en solo.
"Le fiddle irlandais" est de ceux-là.
Dans cet album, Ted est accompagné par le guitariste Patsy Whelan et par un autre violoniste John Wright.
Natif de Dublin, Patsy Whelan va jouer avec les musiciens d'un ceilidh band (orchestre de danses traditionnelles) durant trois ans avant de suivre son propre chemin à travers les folk club et
festivals.
Egalement violoniste Patsy Whelan aura une carrière internationale en compagnie des plus grands tant en Irlande qu'en Angletere et même aux U.S.A.
Son expérience de la tradition musicale font de lui un fameux accompagnateur capable de trouver les bons accords et les bons appuis rythmiques avec sa guitare.
John Wright joue le "second fiddle" dans certains morceaux du disque.
Son style est plus "doux" que celui de Ted.
Cet Irlandais s'intéressa d'abord à la pratique de la guimbarde avant de se mettre au fiddle en 1965. Passionné de musique traditionnelle, il va s'installer à Paris à partir de 1967.
Là il fondera le folk club "Le Bourdon".
Beaucoup plus tard, on le retrouve comme membre du groupe Hempson, un ensemble qui fait de la musique ancienne irlandaise.
Ce qui m'a le plus frappé en écoutant le disque de Ted Furey c'est ce violon un peu grinçant et son terrible sens du rythme.
Quinze titres où les gigues, les reels les hornpipes se succèdent avec un même bonheur.
Tous ces titres (The Rakes of Kildare, Toss the Feathers, Lord Inchiquin, The Silver Spear...), j'allais les réécouter plus tard en découvrant d'autres groupes irlandais.
Au même titre que mon premier album des Chieftains, ce disque de Ted Furey me permit réellement de me rendre compte de ce qu'était la musique irlandaise.
Certes j'avais déjà entendu auparavant des morceaux irlandais d'Alan Stivell mais ici c'était encore différent.
La conviction avec laquelle Ted Furey joue, c'est vraiment très prenant.
Patsy Whelan marque très bien le rythme et ses doigts semblent rebondir sur les cordes de sa guitare. Avec très beau style, John Wright vient ça et là ornementer des airs très dansants.
La pochette particulièrement bien documentée de ce disque donne pas mal d'explications sur l'origine des morceaux.
"The Lark in the Morn" (l'alouette du matin) entre autres.
Ce titre très répandu dans la musique irlandaise s'appelait autrefois "The Pipers Contest" (le concours de sonneurs).
Comme c'était souvent le cas en Irlande auparavant, une compétition de joueurs d'uilleann pipes opposait en finale un vieux musicien et un autre irlandais attaché au service d'un lord.
Deux grands joueurs de cornemuse qu'on n'avait pu départager après 10 heures de compétition.
A six heures du matin, le plus vieux demanda à s'absenter un moment étant pris par un besoin urgent.
En allant au fond du jardin, il entendit chanter une alouette. Dans sa tête, il se mit alors à composer un air à partir du chant de l'oiseau.
Revenu au concours, il demanda à exécuter un nouveau morceau. Son opposant devait alors rejouer le même air mais il en fut incapable car il ne connaisait pas ce morceau.
Le vieux sonneur fut déclaré vainqueur. "The Lark in the Morn" était né.
Quand vous entendrez encore ce morceau...
Même se ces disques sont forts anciens, n'hésitez pas à écouter Ted Furey si vous en avez l'occasion.
L'héritage de Ted Furey n'est pas seulement fait de concerts et d'enregistrements ; ses quatre fils n'allaient pas en rester là ...
Lien vers une vidéo très ancienne de Ted avec d'autres musiciens.
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Par Rakaniac
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Publié dans : Musique Irlandaise
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