Un Galicien en Celtie
Durant une partie du règne de Franco, le père de Carlos Nunez a vécu en exil à Paris.
C’est à cette époque qu’il a découvert Alan Stivell en assistant à l’un de ses concerts au Palais des Sports.
Ce premier contact avec la musique bretonne aura-t-elle servi de déclic à cet homme pour lui faire prendre conscience des ses origines galiciennes ou de son âme
celte ?
Toujours est-il que rentré au pays il eut tôt fait de transmettre le virus à ses fils Carlos et Xurxo Nunez.
Né à Vigo en 1971, Carlos Nunez va donc rapidement s’intéresser à la musique de Galice.
A l’âge de huit ans, il apprend la flûte à bec et à 10 ans il ses met à la gaita (la cornemuse galicienne).
Carlos va très vite devenir un virtuose de ces deux instruments.
Il est pour beaucoup dans la renaissance de la gaita en Espagne.
Quelques années plus tard, Xurxo Nunez ne sera pas en reste puisque en plus de l’informatique, le jeune homme va apprendre avec brio toute une série
d’instruments.
Batterie, percussions, guitares et claviers n’auront bientôt plus de secrets pour lui.
Petit à petit, Carlos Nunez va s’intéresser à d’autres musiques et découvrir les pays celtes.
Le festival Inter-Celtique de Lorient organise chaque année le Mac Allan qui est un concours de cornemuses.
Des pipers venus de tous les coins (et même d’Australie) viennent y participer.
Carlos remporte ce prestigieux concours trois fois d’affilée (1984,85,86) et cela lui vaut une belle notoriété.
Paddy Moloney lui propose de venir enregistrer avec les Chieftains.
Carlos participera donc à trois cd de ces prestigieux irlandais (Treasure Island, The Long Black Veil et Santiago).
« Santiago » dédié à la ville galicienne de Saint Jacques de Compostelle est un disque dans lequel les Chieftains jouent de la musique de Galice mais
aussi des airs cubains et Latinos.
Durant plus d’un an, Carlos fera toute une série de tournées avec eux devenant ainsi le septième Chieftains.
Après cela, Carlos Nunez décide de voler de ses propres ailes en produisant ses propres disques.
Tout en continuant à écrire des musiques de films (L’île au trésor, Mar Adentro…) et à collaborer avec toute une série d’artistes (Matto Congrio, Jordi Savall,
André Le Meut…)
Son premier disque « Brotherhoods of Stars » sera le terrain de multiples rencontres musicales.
Ry Couder, Luz Casal, les Chieftains, Rafael Riquini…plus toute une série de musiciens espagnols vont donner à ce disque des couleurs chatoyantes.
A la flûte ou à la cornemuse, Carlos nous fait apprécier son talent qui est immense et plein d’imagination musicale.
Un morceau comme « Dawn » par exemple est d’une extraordinaire beauté !
Les Irlandais Micheal O’Domhnaill, Paddy Moloney et Matt Molloy viennent l’épauler sur ce titre.
Si on est d’avantage habitué aux sonorités métalliques des whistles, la flûte à bec au son à la fois plus chaud et plus doux…c’est très bien aussi !
D’autres albums vont suivre (Os amores Libres, Mayo Longo et Todos Os Mundos) qui vont conforter le public de plus en plus étendu dans l’idée que ce musicien est
exceptionnel.
D’autant qu’il faut se rappeler que dans l’intervalle, Dan Ar Braz avait enrôlé Carlos dans la grande aventure de l’Héritage des Celtes.
En 1997, les amateurs du genre découvrent donc le galicien aux côtés de Donal Lunny, Gilles Servat et autre Karen Matheson.
Et beaucoup se souviennent de titres comme les « Aires de Pontevedra » interprétés de façon remarquable par la gaita de Carlos accompagnée avec force par
le Bagad Kemper.
Le souvenir de ces expériences a probablement décidé Carlos Nunez a enregistrer « Un Galicien en Bretagne » en 2003.
Recherche, énergie, beauté sont trois mots qui peuvent caractériser ce disque.
Tant notre ami Carlos a pris au sérieux la conception de ce disque.
Ses meilleurs amis musiciens sont évidemment de la partie.
Outre son frère Xurxo, Pancho Alvarez (bouzouki et guitares) est une sorte de « Donal Lunny » espagnol.
Il y a aussi Begona Riodo au violon, José Vera à la basse…
Il s’est inspiré des travaux de Polig Montjarret (qui fit tant pour la musique traditionnelle bretonne).
Carlos n’a pas hésité non plus à faire appel à deux bagadou (Lokoal-Mendon et Auray) pour collaborer à ce cd.
Puis il a réalisé un de ses rêves en invitant Alan Stivell à travailler sur ce disque.
Alan joue de la harpe de Galice (en plus de sa telenn) et chante pour la première fois en galicien sur le titre « Noitte Pecha », morceau qui se
prolonge par « Gavotte Pandeirada » un instrumental dans lequel harpe et flûte se mélangent.
Dan Ar Braz et Gilles Servat sont également invités sur ce disque.
Dan avait composé une musique pour Carlos « Une autre fin de terre » allusion à l’album «Finisterres » car la Galice à l’extrême Ouest de l’Europe
est (comme la Bretagne) un autre endroit où… se finit la terre.
En plus de la flûte de Carlos et de la guitare de Dan, les bagadou s’en donnent à cœur joie sur cet instrumental.
Et l’histoire de ce titre est double puisque Jean-Jacques Goldman et Dan Ar Braz ont co-écrit des paroles sur cette musique qui est devenue une chanson « je
m’en vais demain » qui se trouve sur l’album « A toi et ceux » de Dan Ar Braz.
Autre ami de Carlos et autre immense artiste breton, Gilles Servat chante « An Ini A Garan ».
Il chante en duo avec la talentueuse Bleunwenn qui fit partie du groupe Tri Yann durant plus d’un an.
La jeune et prometteuse bretonne apporte encore plus de sensibilité à cette chanson traditionnelle dans laquelle Carlos joue de l’ullieann pipe.
De cet instrument, il en est encore question dans le morceau suivant.
« The Three Pipers » qui matérialise un autre rêve de Carlos.
Réunir trois cornemuses différentes dans un même enregistrement.
Patrig Molard, un des maîtres du Bagpipe en Bretagne et l’Irlandais Liam O’Flynn viennent rejoindre Carlos (à la gaita) pour interpréter « O vale de Vreizh
Izel » un traditionnel breton.
Le résultat est à la fois beau et surprenant tant les trois cornemuses ont des sonorités distinctes.
Encore un défi parfaitement réussi !
Inspiré par la gwerz « Yann Derrien », cette chanson raconte l’histoire du pèlérinage d’un Breton à Saint-Jacques de Compostelle.
Carlos Nunez a voulu que cette chanson soit chantée par Eimar Quinn.
Cette chanteuse irlandaise avait remporté l’Eurovision en 1996 avec la chanson « The Voice ».
Membre du groupe vocal « Anuna » (que l’on avait découvert dans Riverdance) Eimar a une voix très douce et haut perchée.
Dans « Yann Derrien » elle fait l’effort de chanter en Français !
Cette mélodie est vraiment très belle, peut-être ma chanson préférée de ce disque.
La voix d’Eimar plus les contre-chants de whistle et de bouzouki…c’est tout simplement du grand art !
Un Galicien en Bretagne est décidément un cd très varié et uniformément beau.
A recommander à tous les amateurs de flûte, de cornemuse et de musique celtique en général.
Carlos Nunez est un artiste étonnant !
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